Je suis récemment devenue la chauffeuse privée de mon fils et de son groupe d’amis lorsqu’ils jouent ou se rencontrent un après-midi par semaine chez l’un deux. Il est clair que mon rôle de conductrice est d’être invisible : ils discutent et font les clowns dans la voiture comme si je n’étais pas là et si j’interviens dans leur conversation, ils figent un moment ne sachant pas trop d’où vient cette voix avant de l’ignorer et de poursuivre leur discussion. Je suis là pour graviter autour d’eux, et non m’immiscer.

S’appuyant sur les découvertes de HabiloMédias sur les jeunes et la vie privée tirées de notre recherche Jeunes Canadiens dans un monde branché, notre nouvelle étude qualitative, Partager ou ne pas partager : comment les adolescents gèrent-ils leur vie privée en lien avec le partage de photos sur les médias sociaux, a pour objectif d’examiner le raisonnement privilégié par les adolescents lorsqu’ils partagent des photos en ligne.

Lorsque vous vous inscrivez à un service sur un site Web ou que vous utilisez une application la première fois, lisez-vous attentivement la politique de confidentialité et les conditions d’utilisation? Ou, comme la plupart d’entre nous, cliquez-vous sur « J’accepte » dès que possible?

Quand nous pensons aux risques pour la vie privée dont sont confrontés les jeunes en ligne, nous avons tendance à imaginer des adolescents et des pré-adolescents qui partagent sans relâche des contenus sur les téléphones cellulaires et les réseaux sociaux. Toutefois, les jeunes font face à des questions associées à la vie privée à un âge de plus en plus précoce : dans le cadre d’une étude menée en 2014 au Royaume-Uni, les jeunes de 13-14 ans ont affirmé qu’ils avaient 8 1/2 ans la première fois qu’ils sont allés en ligne, les jeunes de 11-12 ans en avaient 8 et les jeunes de 9-10 ans n’en avaient que 6.[1]

Les jeunes se soucient-ils de leur vie privée? Les participants à des groupes de discussion de HabiloMédias en 2012 nous ont dit qu’ils se souciaient grandement de leur vie privée, même s’ils participent activement à des plateformes et à des activités que les adultes considèrent comme étant seulement des sites de partage et de diffusion. En examinant les conclusions de notre étude Jeunes Canadiens dans un monde branché réalisée auprès de plus de 5 000 élèves des provinces et des territoires du Canada, nous pouvons maintenant commencer à comprendre cette contradiction : les jeunes ne se soucient peut-être pas de notre définition de la vie privée, mais ils veulent avoir le contrôle, le contrôle de ceux qui peuvent voir leurs publications, de ceux qui peuvent savoir où ils se trouvent et, surtout, de la façon dont les autres les perçoivent.

Pages