Les jeunes Canadiens s’expriment : Une recherche qualitative sur la protection de la vie privée et le consentement

Les ados avertis promulguent la clarté pour tous

Nous l’avons tous fait : défiler tout un mur de texte jusqu’au bouton « J’accepte » sans vraiment comprendre ce à quoi nous avions consenti. Puis, lorsque nous utilisons la plateforme, des messages comme « Nous avons apporté des changements à nos conditions d’utilisation » nous rappellent simplement que nous ne les avions probablement pas lues en premier lieu. Notre monde est de plus en plus influencé par les données qui sont recueillies à notre sujet. Pour les jeunes en particulier, des conséquences graves et inattendues pourraient avoir un impact pendant leur vie entière.

Dans le cadre du projet de recherche de HabiloMédias, Les jeunes Canadiens s’expriment : Une recherche qualitative sur la protection de la vie privée et le consentement, nous avons tenu des groupes de discussion auprès de jeunes âgés de 13 à 16 ans afin de connaître leurs opinions de la protection de la vie privée en ligne. Selon cette étude, les jeunes veulent mieux comprendre les conditions d’utilisation et les politiques de protection de la vie privée auxquelles ils consentent. Ils veulent aussi comprendre comment fonctionne l’économie des données et comment les plateformes qu’ils utilisent pourraient affecter leur avenir.

Les jeunes auxquels nous avons parlé estimaient qu’il n’était pas suffisant d’être seulement informés de la façon dont fonctionnent ces documents juridiques. Ils voulaient aussi que les plateformes prennent certaines mesures pour rendre l’information claire et simple. Ils voulaient que les plateformes vérifient que les utilisateurs comprennent réellement ce à quoi ils consentent, permettent aux utilisateurs qui changent d’idée de reconsidérer leurs décisions, et leur donnent plus de contrôle sur les données qui sont recueillies et celles qui ne le sont pas.

« Comme la plupart d’entre nous, les jeunes ne comprennent pas bien ce qu’il advient de leurs renseignements personnels lorsqu’ils cliquent sur le bouton «J’accepte», a déclaré Samantha McAleese, associée de recherche pour HabiloMédias et coauteure du rapport. Présentement, les jeunes ne peuvent pas donner un consentement valable puisque ces politiques sont trop compliquées, un réel problème que les plateformes en ligne doivent résoudre, tout autant que les éducateurs et les décideurs politiques. »

Les jeunes le savent, et bien que dans certains cas ils aiment que les plateformes leur montrent des publicités qui correspondent à leurs intérêts, la ligne est mince entre la collecte légitime de données et les utilisations qu’ils considèrent comme « étranges » ou « bizarres », tels qu’être suivis par un système de localisation GPS ou recevoir des liens d’amitié recommandés en fonction des lieux qu’ils ont fréquentés.

Ce projet de recherche visait à permettre aux jeunes de concevoir des processus de consentement qui ont du sens pour eux. Les « prototypes sur papier » qu’ils ont créés exprimaient de façon concrète les pratiques exemplaires qu’ils avaient cernées, notamment pouvoir changer d’idée en tout temps s’ils ne désirent plus utiliser une fonctionnalité . Leurs prototypes incluaient aussi des fonctionnalités permettant d’accéder facilement aux paramètres des applications et de faire glisser un bouton pour retirer un consentement.

Presque tous les prototypes des participants incluaient davantage d’options qu’un simple bouton « J’accepte » à la fin d’un long document. Pour les jeunes, un consentement valable ne signifie pas seulement accepter ou refuser une politique, mais être en mesure de choisir les options avec lesquelles ils sont à l’aise. Les participants ont reconnu qu’ils seraient obligés de consentir à certains paramètres obligatoires, comme donner accès à leur appareil photo, pour pouvoir utiliser une application de partage de photos. Ils admettaient que ces fonctionnalités devraient être obligatoires, mais estimaient que d’autres permissions devraient être facultatives. Il était aussi important pour eux que les choix soient présentés de façon claire et modulaire afin de pouvoir prendre des décisions éclairées en matière de consentement.

Les jeunes participants estimaient qu’ils subissaient souvent des pressions pour accepter des conditions puisqu’ils avaient déjà investi du temps pour télécharger et installer une application. Ils ont proposé que les conditions d’utilisation leur soient présentées avant le téléchargement de l’application ainsi que l’intégration de « points de contrôle » que les utilisateurs devraient accepter avant de continuer de faire défiler le texte.

Ce rapport devrait mettre un terme à l’idée fausse selon laquelle les jeunes ne se préoccupent pas de leur vie privée. En fait, ils en ont beaucoup à dire sur la protection de la vie privée, la collecte de données et le consentement valable, si nous prenons le temps de les écouter. Grâce aux suggestions des participants, les décideurs politiques, les organismes de réglementation et les plateformes ont maintenant l’occasion de faire de la collecte de données et du consentement des processus plus clairs, plus simples et plus justes, pas seulement pour les jeunes Canadiens, mais pour nous tous.

Cette recherche a été rendue possible grâce aux contributions financières du programme de contribution du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

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