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Dans un mot-clic, obscurément : Comment #Ottawapiskat a changé la donne quant à la couverture médiatique des questions autochtones

Au cours des derniers mois, le mouvement Idle No More (jamais plus l'inaction) est arrivé à attirer l'attention nationale sur les enjeux des autochtones. Cela s'explique en grande partie par l'utilisation de Twitter par le mouvement, au moment où #IdleNoMore était un sujet chaud au Canada comme à l'international. [1] En même temps, un autre mot-clic circulait; moins répandu, celui-ci intéresse particulièrement les éducateurs des médias. #Ottawapiskat, créé par l'artiste d'Edmonton Aaron Paquette [2], critique la façon dont la couverture de l'actualité aborde les enjeux des autochtones en décrivant à la fois la politique fédérale; par exemple, « #Ottawapiskat chief is living in a mansion while many of his people are homeless » (le chef de #Ottawapiskat vit dans une mansion tandis que son peuple comporte un nombre élevé de sans-abris) et « In a desperate bid to cling to power, Chief Harper shuts down #Ottawapiskat band council to avoid confidence vote, twice. » (dans un effort désespéré pour s'accrocher au pouvoir, le chef Harper interrompt les activités du conseil de bande de #Ottawapiskat pour éviter le vote de confiance, et ce à deux reprises.)

Si la campagne a largement servi de véhicule permettant de critiquer le gouvernement fédéral (le premier ministre en particulier), l'une des choses les plus intéressantes à ce sujet, du point de vue des éducateurs des médias, est la façon dont elle nous force à réfléchir aux tropes et aux stéréotypes qui passeraient peut-être autrement inaperçus dans la couverture de l'actualité à propos des enjeux des autochtones. Ainsi, cette campagne illustre que ce que nous ne voyons pas peut être tout aussi important que ce que nous voyons dans les médias. Comme nous l'avons déjà écrit, la couverture de l'actualité à propos des communautés autochtones est axée presque exclusivement sur les crises et les tragédies, ce qui fait en sorte de donner l'impression que ces histoires négatives font partie d'un schéma de corruption endémique et de mauvaise gestion, au lieu d'être des cas isolés. [3] En appliquant ce cadre à la politique fédérale, #Ottawapiskat nous force à demander si nous voyons le portrait global.

Un autre thème majeur dans les Tweets #Ottawapiskat concerne la façon dont toute couverture à propos des enjeux des autochtones est interprétée comme une tradition ou un rituel : « The Chief of #Ottawapiskat is resplendent in his traditional costume of blue sweater vest and cow boy hat head-dress » (le chef de #Ottawapiskat est resplendissant dans son costume traditionnel de gilet de tricot bleu et son chapeau de cow-boy) et « In #Ottawapiskat they have a ritual where they make a pilgrimage to summer camps on their Great Dead Queen's Day and drink! » (Rituel à #Ottawapiskat pour la fête de la grande reine décédée : pèlerinage jusqu'aux colonies de vacances et célébration arrosée!)

Ainsi, le mot-clic fait penser à un article classique d'Horace Miner, intitulé « Body ritual Among the Nacirema » (rituel corporel chez les Nacirema), qui employait un vocabulaire et une analyse anthropologiques alors actuels, afin de décrire la société américaine contemporaine, notamment dans les domaines des soins médicaux et buccaux. Le point de vue de Miner indiquait que la définition de « rituel » et la distinction entre un médecin et un guérisseur étaient en grande partie une question de contexte : en décrivant les États-Unis dans les années 1950 par les termes utilisés par un anthropologue pour décrire une société tribale de Nouvelle Guinée – représenter une armoire à pharmacie comme un « sanctuaire » ou le rasage comme « le raclage et la lacération de la surface du visage avec un instrument tranchant » – il était en mesure de transmettre l'impression désirée.

À l'ère des médias sociaux, toutefois, ce type de revirement peut facilement échapper au contrôle. On peut citer à cet égard le mot-clic #Objectify, lancé par Leigh Alexander, journaliste dans le domaine des jeux, afin de faire réfléchir les gens quant au traitement différent des femmes par rapport aux hommes dans la couverture de l'actualité (en particulier dans le domaine technique.) Au lieu de porter sur des exemples évidents de sexisme, #Objectify visait à montrer la nature sexospécifique de la couverture des femmes. Comme Alexander l'expliquait dans la foire aux questions de #Objectify, les femmes qui utilisent Internet comme plate-forme pour leurs idées sont plus susceptibles d'être jugées selon leur apparence que leur travail. Décrire une femme en parlant de ses cheveux, son style ou son sourire ne dénote pas toujours une marque de non-respect; toutefois, cela n'a rien à voir avec son travail et donne l'impression qu'elle n'est pas à sa place dans son domaine. [4] #Objectify cherchait à attirer l'attention sur ce point en décrivant les auteurs masculins de la même manière – « Excellent article sur Final Fantasy XII-2 de la part de Kirk Hamilton, qui est toujours beau gosse » – mais Alexander a décidé d'abandonner le projet parce que cela risquait d'enflammer ceux qui passeraient à côté de l'essentiel. #Objectify n'avait pas pour but de célébrer la chosification ou de rendre les gens inconfortables, mais Alexander s'inquiétait de plus en plus du fait que l'on puisse s'éloigner de l'objectif et que cela cause des préjudices. [5]

L'exemple de #Objectify illustre la raison pour laquelle les enseignantes et les enseignants devraient user de prudence au moment de présenter cette méthode de littératie numérique dans la salle de classe. D'une part, cette approche peut facilement  perpétuer les stéréotypes (de manière involontaire), inciter les membres des groupes marginalisés à se sentir isolés (l'une des raisons pour lesquelles Alexander a annulé #Objectify était que la présentation des hommes sous un angle féminin sexospécifique risquait d'encourager des commentaires homophobes) et donner aux membres du grand public ou du groupe dominant l'impression d'être interpellés ou pris comme cible, au lieu d'être encouragés à remettre en question leurs suppositions, notamment sur la race et le sexe. La technique peut être toutefois très efficace si elle est utilisée par une enseignante ou un enseignant bien préparé et en mesure de prendre les devants lors d'une discussion en classe. Voici quelques ressources HabiloMédias qui aident les enseignantes et les enseignants à voir les médias d'un point de vue différent :

Les préjugés dans les nouvelles (3e à 5e secondaire) est une activité qui introduit les élèves à l'idée que la couverture de l'actualité peut diffuser des messages très différents en fonction du point de vue des auteurs, des éditeurs et des propriétaires des médias.

Première personne (3e à 5e secondaire) encourage les élèves à examiner les hypothèses incontestées qui sont présentes dans différents genres de jeux vidéo et à réfléchir à l'apparence que prendraient les jeux vidéo s'ils étaient vus d'un autre angle.

Qui raconte mon histoire? (3e à 5e secondaire) se penche sur l'idée de présenter des personnages de groupes minoritaires

Pour obtenir de plus amples détails sur la représentation des autochtones dans l'actualité et les autres médias, consultez notre section sur les autochtones.


[1] « Trending Topic '#IdleNoMore' (Hashtag) in World Wide. » http://en.trending-topic.com/countries/World+Wide/topics/hashtag-idlenomore/

[2] « Edmonton artist behind 'Ottawapiskat' hashtag on Twitter. » CBC News Edmonton, 15 jan. 2013. http://www.cbc.ca/news/canada/edmonton/story/2013/01/15/edmonton-ottawapiskat-paquette-twitter.html

[3] « Place des autochtones dans les nouvelles », HabiloMédias. http://habilomedias.ca/diversite-medias/autochtones/place-autochtones-nouvelles

[4] Alexander, Leigh. « The #Objectify FAQ. » SexyVideoGameLand Blog, 24 janvier 2013.

[5] Alexander, Leigh. « No More Objectification. » Huffington Post, January 28 2013. http://www.huffingtonpost.com/leigh-alexander/women-tech-objectification-_b_2568906.html

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