Survivre à la saison des «Je veux» : Ce n’est pas toujours un cadeau

Marie-JoséeChaque année en novembre et décembre, c’est un peu le même rituel qui se répète dans nos chaumières. Nos enfants et nos ados qui soudainement, en voyant l’imminence de Noël à nos portes, se mettent soudainement à se créer mille envies. En 2013, Statistique Canada évaluait à quelques 401 M$ les dépenses faites par les familles pour l’achat de cadeaux. Une vraie fortune! Mais surtout, l’évidence qu’il est difficile aujourd’hui d’échapper à cet appel à la surconsommation duquel nous sommes tous et toutes la cible. Et si en plus on ajoute à cette difficulté de tempérer les envies, le défi tout aussi ardu de faire des choix de cadeaux qui n’impliquent pas de donner trop d’informations personnelles pour que ceux-ci puissent fonctionner, nous sommes forcés de constater que tout cela est devenu infiniment plus compliqué que lorsque nous-même étions enfants.

Néanmoins, chaque année un peu au même moment, alors que je commence à réfléchir au contenu des cadeaux que j’ai envie d’offrir à mon fils, je tente du mieux que je le peux d’éviter autant les débordements que de faire des achats qui soient irréfléchis. Mais je l’avoue, il m’arrive de me sentir un peu perdue devant l’abondance d’informations que l’on retrouve de nous jours en ce qui concerne les meilleurs jeux à offrir (le caractère technologique des dits-jeux étant maintenant presque inévitable). Et cela, sans tomber dans une surenchère de consommation qui entrerait en conflit avec les valeurs familiales que nous tentons chez-nous de transmettre à notre fils.

Parce que dans les faits, et comme pour rajouter une couche de difficulté au processus, on parle de plus en plus dans les médias de cette abondance de jeux aujourd’hui connectés qui, selon toutes vraisemblances, seraient une minorité à traiter de façon convenable la masse d’informations personnelles de nos enfants. Des données personnelles et parfois délicates qui bien souvent, sont collectées sans raisons qui puissent justifier le fonctionnement du jeu en question.

Et, pour preuve qu’on ne crie pas au loup pour rien lorsqu’il est question du traitement des données personnelles et de l’information susceptible de contrevenir aux principes de protection de la vie privée de nos enfants, en août dernier, on apprenait que Disney avait été formellement accusé d’avoir recueilli des données personnelles d’enfants de manière illégale. Cela à travers rien de moins que quarante-deux applications leur étant destinées. Celles-ci étant notamment en mesure de déterminer les habitudes de navigation de ses jeunes utilisateurs.

De nos jours c’est donc l’évidence qu’en tant que parent, faire l’achat d’un jeu ou d’une application, c’est devenu pas mal plus compliqué que lorsque nous étions nous même des ados. Parce ce n’est clairement plus la simple question de savoir si le jeu en question sera amusant. Mais plus encore, de savoir s’il respecte les normes. Et surtout, s’il ne fait pas de notre ado une cible facile pour les campagnes marketing toujours de plus en plus poussées et ciblées. Et cela, sans que nous ayons eu l’option d’y consentir ou pas.

En ce qui nous concerne, mon fils maintenant âgé de onze ans, est toujours particulièrement friand de blocs de marque Lego. À tel point qu’il m’arrive de me dire que c’est littéralement notre fonds de pension futur qui est en train d’être englouti dans les petites briques de construction du célèbre fabricant Suédois (je suis certaine qu’un jour, on nous accusera d’investir dans les paradis fiscaux!). Aussi, il serait ainsi facile de croire que nous sommes à l’abri des tactiques de l’industrie susceptibles de menacer la vie privée de notre fils n’est-ce pas ?

Mais là encore, je me dis parfois qu’il y a lieu, là aussi, de se questionner, Lego ayant lancé il y a quelques années un magazine dit-VIP destiné aux cinq à neuf ans, en plus d’un site internet bourré d’applications pour les plus âgés. Nous serions tentés de croire qu’avec un jeu aussi classique que Lego, nous sommes à l’abri des écrans. Mais le problème c’est que même un jeu à première vue aussi «débranché» que Lego fini néanmoins toujours, d’une façon ou d’une autre, par ramener les jeunes vers le numérique. Car bien sûr, le tout étant proposé gratuitement, il est facile de comprendre que puisque c’est gratuit, c’est notre enfant le produit. Et que derrière l’utilisation du site en ligne, nous sommes encore là devant une autre façon un peu plus insidieuse peut-être, de collecter des informations sur nos enfants qui n’y voient que du feu.

Décidément, je me dis qu’on ne s’en sort pas ! Mais la vérité c’est qu’on ne reviendra pas à cette époque ou nos grands-parents offraient pour Noël une orange à leur progéniture. Alors mieux vaut s’y faire. Sans toutefois se résigner.

Car au final, je suis d’avis que faute de pouvoir tout contrôler, peut-être la meilleure solution réside-t-elle plus simplement dans le fait de discuter avec nos ados des conséquences sur notre vie privée de toutes ces informations que les entreprises nous demandent de façon trop souvent excessive. En tentant par exemple d’analyser avec eux de quelle façon l’information demandée est vraiment nécessaire au fonctionnement du jeu. Car, sans changer le monde ni les méthodes des entreprises, l’échange aura peut-être au moins contribué à forger un peu l’esprit critique de notre ado. Ce qui ne serait déjà pas si mal.

Pour aller plus loin, HabiloMédias a produit une fiche-conseil fort intéressante qui vise à donner de précieux conseils pour nous permettre de survivre à cette saison des «Je Veux» http://habilomedias.ca/fiche-conseil/fiche-conseils-parents -survivre-à-saison-« je-veux »

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