Les jeunes Canadiens s’expriment : Une recherche qualitative sur la protection de la vie privée et le consentement

Les jeunes veulent des politiques claires et simples en matière de protection de la vie privée afin de mieux comprendre le consentement en ligne.

S’il faut en croire les stéréotypes, les jeunes ne se soucient pas de leur vie privée lorsque vient le temps de partager du contenu et des renseignements personnels en ligne. Mais de récentes discussions entreprises avec des jeunes sur leurs attitudes à l’égard de la confidentialité des données, surtout en ce qui concerne les conditions d’utilisation des applications et des plateformes, montrent que les jeunes se préoccupent des politiques auxquelles ils consentent lorsqu’ils cliquent sur le bouton « J’accepte. »

Les jeunes à qui nous avons parlé lors des groupes de discussion veulent plus de renseignements, plus de contrôle et plus de transparence de la part des plateformes en ligne. Ils veulent également participer au remaniement et à la restructuration des processus de collecte de données qui affecteront leur vie.

Dans le cadre des groupes de discussion, les jeunes (âgés de 13 à 16 ans) ont partagé leurs opinions et expériences des processus actuels de consentement en ligne. Nous leur avons ensuite demandé de créer des « prototypes sur papier » de leurs politiques d’utilisation idéales.

Les résultats offrent de nouvelles idées créatives de la façon dont les plateformes peuvent améliorer les processus de consentement en ligne, pas seulement pour les jeunes, mais pour nous tous, afin de nous aider à mieux comprendre les politiques auxquelles nous consentons en matière de protection de la vie privée. 

Voici les principaux enjeux que les jeunes ont soulevés.

« C’EST TROP LONG. JE NE LES LIS JAMAIS. »

Chose peu surprenante, les jeunes à qui nous avons parlé ont dit qu’ils ne lisent pas les documents longs et compliqués sur les conditions d’utilisation qu’ils doivent consulter avant de télécharger une nouvelle application ou d’utiliser une nouvelle plateforme. La plupart des adultes font de même.

« La plupart du temps, j’accepte les conditions sans savoir ce qu’elles sont vraiment. » (Bianca, 16 ans)

« Je crois que les gens les liraient s’ils étaient mieux formulés et directs plutôt que d’employer tous ces mots que personne ne comprend. » (James, 16 ans)

DES CONSÉQUENCES ET DES PUBLICS IMPRÉVUS

Certains jeunes étaient étonnés d’apprendre les conséquences potentielles de la collecte de données, surtout l’impact que pourrait avoir leur profil de données sur de futures occasions d’emploi.

« Presque personne dans cette pièce ne savait que les sites Web que nous visitons pouvaient influencer notre embauche pour un futur travail. Cette information devrait être plus répandue. » (Andrew, 16 ans)

Ils ont indiqué vouloir être en mesure de remettre les compteurs à zéro, disant qu’il n’était pas juste qu’une action posée en ligne lorsqu’ils sont jeunes puisse les suivre pour le reste de leur vie.

PRATIQUES ET POLITIQUES DE CONSENTEMENT « DOUTEUSES » ET « ÉTRANGES »

Les jeunes ont utilisé des descripteurs comme « bizarre » et « étrange » pour décrire la collecte et le courtage de données en ligne. Ils se demandaient pourquoi les entreprises ne disposent pas d’un mécanisme pour s’assurer que les utilisateurs ont lu les politiques.

Ils ont précisé que la géolocalisation pouvait être particulièrement étrange. Les jeunes étaient d’accord pour dire qu’elle pouvait être utile pour définir des éléments généraux comme des recommandations de boutiques, mais ont indiqué qu’ils devraient pouvoir activer les paramètres de localisation plutôt que de découvrir qu’ils sont involontairement suivis.

« Il y a une fonction sur notre téléphone qui indique où nous sommes allés, le moyen de transport emprunté, et combien de temps nous sommes restés. Je ne me souviens pas d’avoir accepté quoi que ce soit. » (Shannon, 16 ans)

Les jeunes ont également dit qu’ils devaient « consentir à trop de choses en même temps » et préféreraient avoir l’option d’accepter certaines fonctionnalités et d’en refuser d’autres.

De façon générale, les jeunes ne s’opposaient pas à la collecte de données, mais désiraient plus de clarté et de contrôle et invitaient les entreprises à ne pas recueillir et utiliser leurs données sans leur consentement explicite.

Voici quelques-unes des solutions proposées par les jeunes.

Les prototypes sur papier qu’ils ont créés pendant les groupes de discussion offrent différentes stratégies et fonctionnalités pour améliorer l’accessibilité et prouver que les utilisateurs comprennent à quoi ils s’engagent.

ACCESSIBILITÉ

  • Utiliser un langage clair et simple.
  • Utiliser des phrases et des paragraphes courts pour résumer les renseignements importants.
  • Assortir l’âge et les niveaux de compréhension en lecture des utilisateurs pour que les politiques soient plus faciles à comprendre.
  • Utiliser des titres et des puces, ainsi que du texte en caractères gras, souligné et coloré.
  • Utiliser des vidéos et des images, en plus du texte.

DÉMONTRER QUE LES UTILISATEURS ONT LU ET COMPRIS LES POLITIQUES

  • S’assurer que les utilisateurs lisent, écoutent ou regardent le contenu sur le consentement et la protection de la vie privée en utilisant des composantes interactives, comme des minuteries et des cases à cocher ligne par ligne.

  • Utiliser une « méthode sandwich » par laquelle les utilisateurs lisent les documents avant de fournir des renseignements personnels et confirment ensuite de nouveau avant la fin du processus d’inscription.
  • Cacher des « œufs de Pâques » dans le texte afin que les utilisateurs aient à lire l’intégralité du texte pour savoir où cliquer pour donner leur consentement.

CLARTÉ ET CONTRÔLE

  • Permettre aux utilisateurs de « dégrouper » leurs options de consentement à l’aide d’une fonctionnalité à bascule pour choisir des éléments particuliers auxquels ils consentent.

  • Utiliser des fenêtres contextuelles pour rappeler aux utilisateurs les politiques de consentement et de protection de la vie privée pendant qu’ils interagissent avec différentes fonctionnalités de la plateforme afin qu’ils décident de les activer ou de les désactiver de façon ponctuelle.

Consultez l’intégralité du rapport ici, et nos recommandations pour les plateformes ici.

Cette recherche a été rendue possible grâce aux contributions financières du programme de contribution du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.