Les torchons et les serviettes : genres, médias, et politique

Ces deux dernières années nous ont gâté/e/s en matière de femmes politiques : aux États-Unis, Hillary Clinton et Sarah Palin (au premier plan sur la photo, si si…) étaient en lice pour les plus hautes fonctions de l’état ; Ségolène Royal faisait de même en France ; plus proche de nous, Pauline Marois devenait, le 26 juin 2007, la première Québécoise élue au poste de chef d’un parti politique.

Pourtant, il n’en reste pas moins que les femmes sont globalement en retrait de la scène politique par rapport aux hommes, et ce même là où la parité est imposée : en France où la loi prévoit 50 % de candidatures féminines pour la députation à l’Assemblée nationale, celle-ci reste imperturbablement un monde d’hommes, avec moins de 13 % de femmes élues -une preuve, s’il en était besoin, que la loi ne règle pas tout, comme semblent le penser bon nombre de politiciennes canadiennes : Manon Tremblay, professeure agrégée de science politique à l’Université d’Ottawa, rapportait il y a quelques années dans son essai Des femmes au parlement : une stratégie féministe ?, que les femmes députées fédérales n’étaient globalement pas d’accord avec les programmes de quotas, estimant que cette mesure ne permettrait pas de traiter en profondeur l’apparent antagonisme entre les femmes et la politique.

Le problème est que la politique n’est pas qu’une question d’idées –ou d’idéaux. Elle a besoin de s’adresser aux masses, et est en cela dépendante des médias. Elle est donc très largement soumise à son traitement médiatique -et aux stéréotypes qu’il véhicule. Les journalistes mettent en exergue les séances de maquillage de Pauline Marois, glosent sur tailleurs de Rachida Dati ou d’Hillary Clinton… S’il est besoin de vous en convaincre, utilisez l’aptitude naturelle à l’analyse de contenu de votre moteur de recherche : tapez les mots ‘+« Hillary Clinton » +tailleur’. Vous obtiendrez toute une garde-robe : tailleur canari, tailleur rose, tailleur-pantalon ; Effectuez la recherche analogue : ‘+Obama +veste’… la teneur devient différente : « Obama tombe la veste », ou la retourne, c’est selon. ‘+Obama +pantalon’ ? « Obama baisse son pantalon » ; ‘+Obama +cravate’ ? « Obama libre comme sa cravate ».

Étonnant, non ? Lorsqu’on parle d’un homme, les vêtements ne semblent mentionnés que pour leur valeur symbolique. Lorsqu’on parle d’une femme, les vêtements s’en tiennent à leur statut d’étoffe, la description s’arrête à la surface.

Le portrait médiatique d’un politicien et celle d’une politicienne apparaissent donc comme des exercices de style tout à fait différents. Mais ce n’est pas tout. Si l’on se penche sur la façon dont la politique elle-même est caractérisée, le fossé se creuse encore entre hommes et femmes. Il est pratique courante que les journalistes politiques –majoritairement des hommes– utilisent dans leurs commentaires des métaphores se rapportant à la guerre (voir par exemple ce portrait de Gilles Duceppe) ou au hockey, tel Craig Oliver, assurant pour CTV la couverture médiatique des élections de 2000 : « Oliver comparait les chefs politiques à des joueurs de hockey qui lançaient au filet, patinaient hors zone, avaient baissé les bras, étaient battus d’avance ou incapables de compter devant un filet désert. (… ) pas une seule fois Oliver n’a fait mention de la performance de [Alexa) McDonough. Comme si elle n’y était pas. (…) lorsque les journalistes emploient un jargon aussi masculin pour décrire les campagnes électorales, nous sommes confrontés à une difficulté majeure : les femmes sont souvent écartées ou tout simplement ignorées, en particulier celles qui ne se conforment pas aux attentes et n’adoptent pas le « comportement typique de tout politicien », c’est-à-dire autoritaire, agressif et combatif. »

Cette analyse de la docteure Joanna Everitt, Professeure associée en science politique à l’Université du Nouveau-Brunswick, indique combien est ancrée dans l’imaginaire collectif cette vision masculine de la politique. Mais par rebond, elle concourt aussi à dessiner la voie du futur, une voie qui réside non seulement dans la reconsidération de l’image typique de l’homme et de la femme, mais bel et bien dans la redéfinition de la politique elle-même.

Activité pour la classe : Toutes choses égales par ailleurs….

Cette activité à réaliser en classe est tirée de la ressource du Réseau Suffragettes et dames de fer. Pour voir la leçon complète, cliquez ici.

Nota : Cette activité est seulement possible si vous avez des ordinateurs avec connexion Internet à votre disposition. Le Réseau Éducation-Médias n’a pas la permission d’utiliser, ni la permission d’autoriser la reproduction des articles liés ci-dessous.

Demandez aux élèves de lire les biographies suivantes :

Ces deux biographies proviennent de la même source, Radio-Canada, ont été écrites par la même journaliste, Isabelle Montpetit, et sont structurées selon le même principe :

  • « En bref », qui est une liste chronologique de faits marquants,
  • un portrait rédigé,
  • « On a dit de… » qui est un morceau choisi dans la presse pour parler de l’intéressé/e.

Demandez aux élèves :

  1. Dans la section « En bref »,
    1. relevez les verbes à la voie active utilisés pour l’une et l’autre personnalité. Quelle impression cela laisse-t-il de chacun ?
    2. relevez les informations (quantité, contenu) sur la famille de chacune des personnalités. Quelle impression cela donne-t-il sur chacun ?
  2. Dans la biographie rédigée,
    1. On parle d’un même événement, à savoir la lutte qui s’engagea pour succéder à Bernard Landry, suite à sa démission. L’issue a ultimement été la même pour Marois et Duceppe. En parle-t-on dans les mêmes termes ? Expliquez en termes de biais.
    2. Quels sont les termes et métaphore(s) utilisés dans le portrait de chaque personnage pour décrire son action politique ? Y voyez-vous l’expression de biais ? (si oui, donnez-en le type, en vous aidant du document Types de biais.)
  3. Dans « On a dit de… » : que pensez-vous de la citation choisie pour illustrer le portrait de chaque candidat (thèmes, dates de publication). Gardez présent à l’esprit que pour la biographie de Pauline Marois, la dernière mise à jour a été faite en juin 2005.
  4. Présentez une synthèse des biais que vous avez relevés dans ces deux biographies, sous forme de lettre que vous adresseriez à la journaliste responsable de ces deux portraits. (Ceci peut servir d’évaluation.) Que pensez-vous du fait que ce soit une femme qui a rédigé ces deux portraits ?

Si vous avez une connexion Internet, proposez aux élèves d’envoyer leur lettre à la journaliste, dont l’adresse courriel apparaît sur la page de ces portraits.

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