Qu’est-ce qui influence notre utilisation des médias?

Les recherches d’HabiloMédias montrent qu’en moyenne, les jeunes Canadiens passent une à deux heures par jour à utiliser des appareils numériques les jours de semaine, sans compter le temps d’utilisation à des fins scolaires, et plus de trois heures par jour la fin de semaine[1]. Le temps d’écran moyen en semaine se situe donc tout juste dans la fourchette recommandée par le Groupe de travail sur la santé numérique de la Société canadienne de pédiatrie, alors que le temps d’écran de fin de semaine la dépasse[2]. D’autres recherches ont révélé que plus du tiers des jeunes Canadiens, soit 37 %, dépassaient les recommandations relatives au temps d’écran en 2023[3]. Il existe toutefois souvent des écarts importants entre le temps que l’on croit consacrer aux médias et celui que l’on y consacre réellement[4].

Notre perception du temps que les autres, notamment nos enfants, passent à utiliser les médias est également souvent faussée. Si de nombreux parents ont eu l’impression que l’utilisation des médias par leurs enfants avait considérablement augmenté au début de la pandémie de COVID-19, les recherches ont montré qu’elle n’avait augmenté que de 17 %. « Ce qui a changé, c’est que les parents ont vu à quel point leurs enfants utilisaient les écrans, parce qu’ils étaient à la maison avec eux. Et ce qui a réellement augmenté, c’est la fréquence et l’intensité des disputes entre parents et enfants au sujet du temps d’écran pendant la pandémie[5]. »

L’utilisation des médias par les autres influence également la nôtre : les enfants sont plus susceptibles de respecter les recommandations relatives au temps d’écran lorsque leurs parents passent eux-mêmes moins de temps devant les écrans[6]. Il est toutefois faux de croire que les personnes travaillant dans le secteur des technologies, y compris les fondateurs ou les propriétaires d’entreprises de médias sociaux, sont moins susceptibles de permettre à leurs enfants d’utiliser les médias[7]. Les habitudes d’utilisation des médias peuvent s’établir très tôt. Les enfants d’un an qui passent plus de deux heures par jour devant un écran sont deux fois plus susceptibles de dépasser quatre heures d’écran par jour à l’âge de huit ans que ceux qui n’y consacraient aucun temps, soit 44 % contre 19,5 %[8].

Les jeunes, comme les adultes, choisissent d’utiliser les médias pour de nombreuses raisons, lesquelles varient souvent selon le média ou la plateforme. Par exemple, les jeunes sont plus susceptibles de dire qu’ils utilisent TikTok pour se divertir et Snapchat pour rester en contact avec leurs amis et leur famille[9]. Les enfants jouent sur des appareils numériques pour toutes sortes de raisons, notamment pour :

  • développer leur maîtrise et leur sentiment de contrôle;
  • collectionner et classer;
  • socialiser et créer des liens;
  • faire preuve d’empathie et prendre soin des autres;
  • gérer leurs émotions et leur humeur;
  • explorer et stimuler leurs sens;
  • créer;
  • explorer et exprimer leur identité.

Par exemple, les enfants apprécient différents aspects des jeux The Legend of Zelda, qu’il s’agisse de développer leur maîtrise du jeu, d’en discuter avec d’autres joueurs hors ligne ou de prendre soin des chevaux montés par les personnages[10].

Les adolescents se tournent souvent vers les médias, notamment les médias sociaux et les communautés en ligne, pour construire leur propre identité et se différencier progressivement de leur famille[11] : « L’individuation consiste à trouver un équilibre entre le fait de se détacher de ses parents et celui de rester proche d’eux. D’un côté, les préadolescents doivent découvrir qui ils sont indépendamment de leurs parents, ce qui exige un certain degré de séparation. Ils commencent à passer davantage de temps avec leurs pairs, remarquent les symboles, les tendances et les mèmes présents dans la culture populaire, puis adoptent certains de ces éléments comme des facettes de leur propre identité. D’un autre côté, cette séparation d’avec les parents est loin d’être totale[12]. »

Le besoin de rester en contact avec leurs pairs constitue une autre motivation. Comme l’explique la psychologue Lisa Damour, « ce n’est pas la technologie qui captive les adolescents, mais les pairs avec qui elle leur permet de communiquer[13] ». Comme les enfants plus jeunes, les adolescents utilisent souvent les médias pour se divertir ou s’informer. La recherche d’inspiration, l’expression de soi et le désir d’être vus par les autres figurent également parmi leurs motivations fréquentes[14]. L’une des principales raisons pour lesquelles les adolescents utilisent les médias sociaux, et l’une des raisons les plus courantes pour lesquelles ils souhaitent garder un appareil connecté dans leur chambre, est :

« l’obligation d’être toujours disponibles et prêts à répondre aux messages le plus rapidement possible… [Pour certains,] le non-respect de ces attentes sociales pouvait provoquer des émotions très négatives, certains adolescents affirmant qu’ils se sentiraient alors coupables ou anxieux. Ainsi, dans de nombreux cas, le besoin perçu d’être “toujours connectés” peut priver les adolescents d’un sentiment d’agentivité ou de contrôle. Même lorsqu’ils souhaitent se déconnecter et dormir, de fortes pressions sociales peuvent les en empêcher. Ces pressions ont un double effet : elles retardent l’heure du coucher et maintiennent les adolescents dans un état de stimulation accrue une fois au lit[15]. »

À un âge où les relations entre pairs priment sur tout le reste, « être constamment connecté, ou du moins toujours disponible, constitue une condition de base pour préserver des amitiés auxquelles ils tiennent. Les adolescents craignent donc que leur indisponibilité ne compromette la proximité de ces relations[16]. »

Bien que le temps d’écran puisse remplacer des activités auxquelles on souhaite que les jeunes participent, comme le jeu actif et autonome ou les interactions sociales en personne, celles-ci ne leur sont pas nécessairement accessibles ou attrayantes[17]. Des études réalisées dans des villes canadiennes ont montré que la présence d’espaces de jeu pour les enfants dans un quartier, la sécurité des déplacements à pied, l’accès à des milieux naturels ainsi que le fait que les parents connaissent leurs voisins et leur fassent confiance ont tous une incidence sur la probabilité que les enfants jouent activement à l’extérieur[18]. « Les tiers-lieux adaptés aux enfants sont particulièrement importants parce qu’ils favorisent le jeu spontané et autonome, sans les contraintes de règles rigides ou de programmes structurés […] Les recherches montrent que les enfants qui grandissent dans des quartiers marginalisés ont souvent le moins accès à des possibilités de jeu sécuritaires, spontanées et axées sur la nature, alors qu’ils pourraient être ceux qui en tireraient le plus de bienfaits[19]. »

Si de nombreux quartiers disposent de certains de ces « tiers-lieux » adaptés aux enfants, comme des bibliothèques, des parcs, des terrains de jeu et des jardins communautaires, la plupart des adolescents n’ont plus accès à des espaces comparables, sauf en ligne. À un âge où ils ont besoin d’avoir plus d’indépendance et d’autonomie, les adolescents sont, dans le monde hors ligne, « soumis à plus de dix fois plus de restrictions que les adultes ordinaires, à deux fois plus de restrictions que les Marines en service actif et même à deux fois plus de restrictions que les personnes incarcérées[20] ». Par exemple, l’adolescent américain moyen de 13 ans n’est autorisé à marcher ou à faire du vélo sans supervision qu’à un demi-kilomètre de son domicile. Même à 17 ans, cette distance n’atteint qu’un peu plus d’un kilomètre et demi[21].

Il arrive toutefois assez souvent qu’on utilise les médias non pas par choix, mais par habitude. Ces habitudes peuvent nous amener à utiliser certaines applications ou certains appareils à des moments précis ou dans certaines situations, par exemple entre deux activités ou pendant de courtes périodes où l’on n’a rien à faire. Elles peuvent également prendre la forme d’« habitudes motrices », comme balayer l’écran ou toucher une partie précise de celui-ci[22]. Certains moments de la journée, certains événements récurrents et certaines émotions, en particulier l’ennui, peuvent déclencher nos habitudes médiatiques[23] et nous amener à adopter automatiquement certains comportements. L’utilisation des médias accompagne souvent d’autres habitudes. On est ainsi plus susceptible d’utiliser des applications sans y penser lorsqu’on accomplit d’autres activités routinières, comme suivre à pied un trajet qu’on emprunte quotidiennement[24]. Une fois qu’une habitude médiatique est établie, elle risque de se renforcer chaque fois qu’elle est « déclenchée » par l’ennui, le stress ou la procrastination[25].

Bien que n’importe quel média puisse finir par être utilisé par habitude, de nombreux appareils et applications sont expressément conçus pour favoriser la formation d’habitudes. Ils sont faciles à utiliser, ce qui réduit la « friction », et fournissent des rétroactions positives, mais imprévisibles. Le défilement infini du contenu en constitue un exemple souvent cité : « La plupart des plateformes de médias sociaux présentent leur contenu au moyen d’un défilement ou d’un affichage progressif de quelques publications à la fois. Les publications particulièrement gratifiantes qui éveillent l’intérêt des utilisateurs sont intégrées à un ensemble de publications moins gratifiantes […] Le défilement constitue donc un mode de distribution des récompenses susceptible de favoriser la formation d’habitudes d’utilisation des médias[26]. » Ces applications peuvent ainsi créer des habitudes très rapidement. Des recherches internes menées par TikTok ont montré que les utilisateurs pouvaient prendre l’habitude d’utiliser la plateforme après avoir visionné seulement 260 vidéos, ce qui pouvait ne prendre que 36 minutes[27]. De nombreuses applications destinées aux jeunes enfants utilisent également diverses fonctionnalités pour les inciter à prolonger leur utilisation. Des personnages peuvent, par exemple, leur demander de continuer à jouer ou protester lorsqu’ils tentent de quitter l’application. Des notifications ou des récompenses peuvent aussi les encourager à utiliser l’application tous les jours[28].

Cependant, plus une personne utilise une application longtemps, moins ces fonctionnalités exercent d’influence et plus son utilisation est déterminée par la simple habitude[29], parfois au point « d’ouvrir et de fermer des applications sans but apparent[30] ». Même si ces fonctionnalités n’ont pas toutes été initialement conçues pour créer des habitudes, les entreprises technologiques connaissent leurs effets. Des documents rendus publics à la suite de poursuites judiciaires révèlent « une tendance récurrente : des employés étudient les préjudices potentiels liés aux plateformes et recommandent à leurs supérieurs de faire preuve de prudence, mais ceux-ci finissent par passer outre[31] », les adolescents étant considérés comme un public trop important pour risquer de les perdre[32].

Les notifications illustrent bien l’interaction entre la conception des plateformes et les habitudes. Bien qu’elles soient clairement conçues pour favoriser la formation d’habitudes, elles ne sont à l’origine que d’une interaction sur dix avec un téléphone[33]. Elles peuvent toutefois nous amener à passer à d’autres applications après avoir consulté ou déverrouillé notre appareil[34].

Le temps consacré à certaines activités médiatiques, comme les médias sociaux, semble être en diminution[35]. Certains éléments indiquent également que les jeunes prennent de plus en plus de mesures pour reprendre le contrôle de leur utilisation des médias. Près des deux tiers des jeunes de la génération Z, soit 63 %, choisissent de se « déconnecter » des médias au moins de temps à autre, une proportion supérieure à celle de toutes les autres générations[36]. Par ailleurs, le nombre de jeunes de 12 à 15 ans choisissant de faire des pauses numériques est passé de 18 % à 40 % entre 2022 et 2025[37]. Le nombre d’élèves ontariens déclarant utiliser les médias sociaux cinq heures ou plus par jour a quant à lui diminué d’un tiers entre 2021 et 2023, passant de 31 % à 23 %[38]. Lorsque les jeunes doivent classer leurs activités préférées, « jouer avec leurs amis ou passer du temps avec eux », « passer du temps en famille », « faire du sport » et « passer du temps avec leurs animaux » obtiennent un classement comparable à celui de la télévision, des films ou des médias sociaux[39].


[1] HabiloMédias. (2022). Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase IV : La vie en ligne. HabiloMédias. Ottawa.

[2] Ponti, M., et Groupe de travail sur la santé numérique de la Société canadienne de pédiatrie. (2023). Le temps d’écran et les enfants d’âge préscolaire : la promotion de la santé et du développement dans un monde numérique. Paediatr Child Health, 28(3), 193-202. https://cps.ca/fr/documents/position/le-temps-decran-et-les-enfants-dage-prescolaire

[3] Brunton, C., Boco, E., Facette, T., et Pinault, L. (2026). Le temps d’écran a-t-il une incidence sur les jeunes? Étude longitudinale sur le temps passé devant un écran et le bien-être. Statistique Canada.

[4] Molaib, K. M., Sun, X., Ram, N., Reeves, B., et Robinson, T. N. (2025). Agreement between self-reported and objectively measured smartphone use among adolescents and adults. Computers in Human Behavior Reports, 17, 100569.

[5] Rich, M. (2026, 4 février). Problematic Interactive Media Use (PIMU): The Next Pandemic or the "Next Normal"? [Communication]. Identifying and Addressing Problematic Interactive Media Use, Boston Children’s Hospital. Virtuel. [traduction]

[6] Lampard, A. M., Jurkowski, J. M., et Davison, K. K. (2013). The family context of low-income parents who restrict child screen time. Childhood Obesity, 9(5), 386-392.

[7] Leloup, D. (2025). Les patrons de la tech qui ne mettent pas leurs enfants devant des écrans, une légende urbaine. Le Monde.

[8] Teague, S., et al. (2026). Associations Between Infant Screen Exposure and Media Use at Age 8 Years.

[9] Faverio, M., Park, E., et Gottfriend, J. (2026). Teens’ Experiences on TikTok, Instagram and Snapchat. Pew Research Center.

[10] Scott, F., Chesworth, L., Kontovourki, S., Murcia, K., Murris, K., Balnaves, K., ... et Trzebiatowski, C. (2025). ‘I just go headbutt a tree or something’: Children’s contextualised digital play drivers and subjective well-being in the United Kingdom, South Africa, Australia and Cyprus. New Media & Society, 14614448251406245.

[11] Rich, M. (2026, 4 février). Problematic Interactive Media Use (PIMU): The Next Pandemic or the "Next Normal"? [Communication]. Identifying and Addressing Problematic Interactive Media Use, Boston Children’s Hospital. Virtuel.

[12] Davis, K. (2023). Technology’s Child: Digital Media’s Role in the Ages and Stages of Growing Up. MIT Press. [traduction]

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[14] van der Wal, A., Valkenburg, P. M., et van Driel, I. I. (2024). In Their Own Words: How Adolescents Use Social Media and How It Affects Them. Social Media + Society, 10(2), 20563051241248591.

[15] Etchells, P. (2024). Unlocked: The Real Science of Screen Time (and How to Spend It Better). Piatkus. [traduction]

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[17] Harley, S. (2026). After High School Exercise Collapses for One in Three Young Adults as Screens and Disinterest Take Over. The GIST.

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[25] Anderson, I. A., et Wood, W. (2021). Habits and the electronic herd: The psychology behind social media’s successes and failures. Consumer Psychology Review, 4(1), 83-99.

[26] Anderson, I. A., et Wood, W. (2021). Habits and the electronic herd: The psychology behind social media’s successes and failures. Consumer Psychology Review, 4(1), 83-99. [traduction]

[27] Gilbert, C. (2025). How TikTok Keeps Its Users Scrolling for Hours a Day. The Washington Post.

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[33] Heitmayer, M., et Lahlou, S. (2021). Why are smartphones disruptive? An empirical study of smartphone use in real-life contexts. Computers in Human Behavior, 116, 106637.

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[36] Fink, S. (2026). Young Americans Are Unplugging, and It’s Making Them Happier. StudyFinds Analysis.

[37] Hall, R. (2025). Children Limiting Own Smartphone Use to Manage Mental Health, Survey Finds. The Guardian.

[38] Boak, A., et Hamilton, H. A. (2024). Sondage sur la consommation de drogues et la santé des élèves de l’Ontario (SCDSEO), 1991-2023 : résultats. Toronto, ON : Centre de toxicomanie et de santé mentale.

[39] Ofcom. (2026). Children and Parents: Media Use and Attitudes Report. Ofcom.