Comment les Canadiens se tiennent-ils informés?

« Si un consommateur de nouvelles lit un titre provenant du Globe and Mail en faisant une recherche sur Google News, la nouvelle vient-elle de Google ou du Globe and Mail? Et si un ami publie la nouvelle sur Facebook, la nouvelle provient-elle de l’ami, de Facebook ou du Globe and Mail? Comment les complexités de la signification du mot “source” dans un environnement médiatique convergent peuvent-elles être prises en compte[1]? » [traduction]

Peu d’industries ont été aussi profondément bouleversées par l’avènement d’Internet que le journalisme, et ces changements se reflètent dans notre expérience en tant que consommateurs de nouvelles. Alors que les consommateurs de nouvelles pouvaient autrefois compter sur un nombre limité d’organes de presse qui offraient chacun une sélection spéciale de nouvelles (p. ex. différents journaux ou téléjournaux pour les nouvelles locales et nationales, ou la radio pour la circulation et la météo), nous avons maintenant accès à une gamme étendue de sources qui sont à la fois impressionnantes et stimulantes. Particulièrement, la capacité de partager des liens vers des nouvelles par le biais des médias sociaux signifie que nous dépendons moins des organes de presse pour organiser le contenu et davantage sur les filtres que nous avons créés, consciemment (en aimant ou en suivant des organes de presse, des journalistes ou d’autres personnes qui trouvent et partagent les nouvelles) ou inconsciemment (par les algorithmes que les réseaux sociaux et les moteurs de recherche utilisent pour suivre chaque élément auquel nous avons réagi le plus fortement). Par conséquent, « nous nous dirigeons vers la réception passive d’informations dans le cadre de laquelle les nouvelles et l’information que nous consommons sont davantage définies par ce que les autres utilisateurs de nos réseaux partagent et les décisions que nous avons prises pour organiser nos propres fils d’actualités que par les choix éditoriaux des journaux ou des salles de presse[2] ».

L’étude de Jessica Thom sur les jeunes adultes canadiens et les nouvelles a établi que les médias sociaux représentent leur principale source de nouvelles. Si la nouvelle est particulièrement intéressante, ils peuvent la suivre jusqu’à sa source originale ou utiliser un moteur de recherche pour trouver d’autres nouvelles sur le même sujet.

Ainsi, les consommateurs supposent dans une moindre mesure que les faits présentés dans les actualités ont été vérifiés ou qu’ils proviennent d’une source objective : les Canadiens sont deux fois plus susceptibles de dire qu’ils font plus confiance aux sources médiatiques traditionnelles qu’aux médias sociaux[3]. Bien que les médias traditionnels demeurent les sources de nouvelles les plus fiables, la confiance qui leur est accordée a considérablement diminué, autant au Canada que dans le reste du monde. Certains chercheurs ont suggéré que cette baisse découle non seulement de la propagation des nouvelles dans les médias sociaux, mais également des changements touchant l’industrie de l’information remontant aux années 1990.

« Alors que le cycle des actualités 24 heures sur 24 force les organes de presse à remplir davantage de temps d’antenne, ces derniers doivent maintenant faire plus que simplement relater les faits (dont la quantité est d’ailleurs limitée) : ils doivent formuler des observations, exprimer davantage d’opinions plutôt que d’avancer les faits, et atténuer la distinction entre les deux. De plus, l’analyse du marché médiatique suggère que, au nom des bénéfices, les organes de presse ont tout intérêt à adapter leur couverture aux partis pris du public, offrant essentiellement les types de nouvelles que les gens veulent et avec lesquels ils sont d’accord, plutôt que d’offrir une couverture médiatique objective et de qualité[4]. » [traduction]

La propre utilisation des sources de nouvelles en ligne par les organes de presse a nui à la crédibilité des sources de nouvelles grand public. La pression ressentie pour produire constamment du contenu nouveau et intéressant s’explique comme suit.

« Les organes de presse grand public trouvent fréquemment leurs sujets de nouvelles directement sur Twitter ou des blogues, lesquels sont grandement encouragés à produire un flot constant de nouveau contenu puisqu’ils dépendent du nombre de pages vues et que les blogues les plus fascinants sont ceux qui actualisent fréquemment leur contenu. Les médias anciens et nouveaux utilisent des logiciels qui fournissent des données détaillées montrant exactement quels articles obtiennent le plus de clics, de partages, de mentions “j’aime” et de commentaires, permettant ainsi aux journaux et aux blogues d’adapter leur futur contenu afin d’augmenter leur rendement, favorisant les publications de faible qualité, mais hautement efficaces plutôt qu’un journalisme de qualité[5]. » [traduction]

Cette baisse de la crédibilité perçue des sources d’information traditionnelles, de même que la simple commodité, pourrait expliquer la raison pour laquelle les Canadiens sont plus susceptibles de tirer leurs actualités de sources qu’ils estiment moins fiables[6].

De quelle façon les Canadiens âgés de 18 à 29 anssont-ils au fait des actualités en premier lieu?

Il existe une autre complication : moins de 1 Canadien sur 10 paye pour obtenir leurs actualités en ligne et un quart d’entre eux (peut-être ceux qui connaissent les techniques de collecte de données décrites ci-dessus) utilisent des bloqueurs de publicités lorsqu’ils naviguent sur des sites financés par des publicités[7]. On pourrait soutenir que nous avons ce que nous méritons. Comme l’a dit Madelaine Drohan : « Les contraintes financières des organes de presse ont eu un impact négatif sur les conditions de travail des journalistes, entraînant une conséquence inévitable : du journalisme de moindre qualité, moins de voix qui contribuent au débat public, et la perte de fidèles lecteurs, téléspectateurs et auditeurs[8]. »

 


[1] Thom, Jessica. « Believing the News: Exploring How Young Canadians Make Decisions About Their News Consumption ». (2016). Electronic Thesis and Dissertation Repository. 4269.
[2] Blevis, Mark et David Coletto. « Matters of Opinion 2017: 8 Things We Learned About Politics, the News, and the Internet ». 7 février 2017. [traduction]
[3] Baromètre de confiance Edelman 2017. https://www.edelman.com/trust2017/trust-in-canada/
[4] Kavanagh, Janet et Michael D. Rich. « Truth Decay: An Initial Exploration of the Diminishing Role of Facts and Analysis in American Public Life ». RAND Corporation, 2018.
[5] Marwick, Alice et Rebecca Lewis. « Media Manipulation and Disinformation Online ». Data & Society Research Institute, 2017.
[6] Blevis, Mark et David Coletto. « Matters of Opinion 2017: 8 Things We Learned About Politics, the News, and the Internet ». 7 février 2017.
[7] Reuters Institute. « Digital News Report 2017: Canada ». http://www.digitalnewsreport.org/survey/2017/canada-2017/
[8] Drohan, Madelaine. « Le journalisme de qualité a-t-il un avenir au Canada? ». Forum des politiques publiques du Canada, 2016. [traduction]