L'engagement critique par rapport à la violence dans les médias

Quoique les parents puissent trouver que certaines représentations de la violence sont tout à fait appropriées pour les jeunes, il existe un contenu très vaste disponible en ligne et dans les médias. Du personnage d’animation personnalisé par un chat qui reçoit une enclume sur la tête jusqu’à des images vidéo de blessures et de décès réels, les enfants et les jeunes ont accès à tout en ligne.

La littératie numérique et l’éducation aux médias n’empêcheront pas le petit de six ans d’imiter son superhéros dans la cour de récréation. Il est aussi très peu probable qu’elles aient une influence sur un adolescent qui choisit son film du samedi soir ou le jeu à jouer avec ses amis. Mais l’éducation aux médias peut donner aux jeunes les outils nécessaires pour réagir judicieusement et de façon critique face au contenu médiatique. Elle peut aider les enfants à mettre la violence dans les médias en perspective, à analyser la signification de la violence dans les médias ainsi que son lien avec le monde réel.

Un engagement critique par rapport aux médias incite les jeunes à se questionner sur la représentation de la violence dans les films ou les jeux vidéo – et même à chercher à comprendre en premier lieu la raison de sa présence. La violence est-elle essentielle à l’intrigue ? Est-elle intégrée pour donner des sensations fortes ? Est-elle présente simplement parce que la sagesse populaire de l’industrie insiste à dire que c’est ce que veulent les consommateurs ? La violence a-t-elle des conséquences réalistes ou montre-t-elle des gens qui n’ont que de légères égratignures après avoir défoncé une fenêtre de verre laminé ? Montre-t-on le traumatisme psychologique associé à la violence et aux blessures ou l’histoire continue-t-elle sans répit ? La violence était autrefois utilisée par « le méchant », mais un changement majeur s’est opéré au cours des dernières décennies et a fait en sorte que le héros s’attribue maintenant la violence. À quel moment les motifs positifs justifient-ils une action violente ?

Une recherche de modèles dans la représentation de la violence dans les médias aide les jeunes à prendre les médias de divertissement pour ce qu’ils sont : de la fiction. Les crimes sont beaucoup plus présents dans les films que dans notre société. Au Canada, il n’est pas inhabituel pour un agent de police de mener toute sa carrière sans utiliser son arme à feu, sauf à des fins de formation [1]. Les recherches montrent que ceux qui regardent fréquemment des séries policières, des films à suspense et les nouvelles de fin de soirée peuvent en venir à voir le monde comme un endroit plus cruel et effrayant qu’il ne l’est vraiment. [2]

L’éducation aux médias enseigne principalement que les productions médiatiques ne sont pas des « fenêtres sur la réalité », peu importe ce que les producteurs aimeraient nous faire croire. Les produits médiatiques, même les actualités et les documentaires, sont des constructions intentionnelles, le résultat d’une série de choix. Les enfants doivent comprendre la relation entre le nombre de personnes qui regardent une émission de télévision (les cotes d’écoute) et les choix des producteurs en ce qui a trait à la composition des nouvelles. La plupart des gens savent que « si le sang coule, le sujet sera porteur », mais qu’en est-il des catastrophes naturelles et des crises où des milliers d’enfants perdent leur famille et des membres à Sierra Leone, et desquelles nous n’entendons plus jamais parler ? Et que dire du phénomène de la « fatigue de compassion », soit l’incapacité à avoir un sentiment normal à l’égard de la tragédie humaine ?

Bien sûr, la violence est un élément éprouvé dans les histoires racontées depuis des siècles sur la façon de vivre en société et d’établir des relations avec les autres. L’éducation aux médias nous permet d’explorer les versions actuelles de ces histoires, d’examiner si la présentation de la violence diffère par rapport à autrefois et de nous demander à qui bénéficie cette éternelle violence, et de quelle façon.

C’est une révélation pour les jeunes de se rendre compte que la principale raison qui pousse la prolifération de la violence dans les médias est l’argent. Les films remplis d’action et de violence se vendent plus facilement à l’étranger parce qu’ils se traduisent avec moins de difficulté et franchissent les barrières culturelles. Les comédies et les drames sérieux nécessitent la rédaction d’un scénario intelligent et des points de référence culturels. Les gens ne rient pas pour les mêmes raisons à Moose Jaw et à Dar-es-Salam, mais tous comprennent la violence et l’action, peu importe leur provenance dans le marché mondial.

C’est aussi une révélation pour les jeunes de se rendre compte que personne ne voit la même production médiatique. Notre façon de réagir à un film, à une chanson, à un jeu vidéo ou à une émission de télévision est faussée par notre bagage personnel d’attitudes, de valeurs et d’expériences – y compris notre exposition antérieure à la violence dans les médias. Ces réactions fournissent énormément de matière aux remises en question et aux  saines discussions.

Si les enfants grandissent dans une culture saturée par les médias – ce qui est le cas –, l’éducation aux médias peut les aider à exprimer leurs attitudes et leurs sentiments à l’égard de la violence, dans la vraie vie comme à l’écran. Elle peut aussi enseigner aux jeunes à faire entendre leur voix et à jouer un rôle actif en tant que consommateurs de médias pour parler à l’industrie du divertissement et présenter leurs opinions dans les forums publics. Internet a ouvert d’importantes avenues permettant d’atteindre les producteurs et de partager des points de vue.

 


[1] Griffiths, Curt. Canadian Police Work: Second Edition. Toronto: Neilson, 2008.
[2] «Researchers rest their case: TV consumption predicts opinions about criminal justice system.» Purdue University, 28 octobre 2009.