Image corporelle – Musique

La musique occupe une place importante chez les jeunes, surtout pendant l’adolescence. Un jeune consacrera plus d’heures à d’autres médias mais c’est sous l’influence des groupes musicaux qu’il cherchera son identité, qu’il choisira son style vestimentaire et adoptera un certain comportement.

Nous sommes donc en droit de penser que les jeunes prennent très au sérieux les images corporelles associées au monde de la musique (et vues dans les vidéos, sur les pochettes de CD-DVD, chez les musiciens offrant une entrevue, etc.), et la recherche tend à le confirmer. En effet, une étude montre que lorsqu’un jeune visionne une vidéo exhibant des musiciens et des chanteurs minces et sexy, il éprouvera une plus grande insatisfaction face à sa propre image corporelle après seulement dix minutes de visionnement [1].

Dans quelle mesure les vidéos musicales et les images associées au monde de la musique influencent-elles les jeunes ? Les filles sont littéralement envahies par ce message lancinant qui leur répète qu’elles doivent être minces, belles et sexy [2]. Et comme si ce n’était pas suffisant, ce message demeure le même peu importe le genre de musique qu’elles écoutent [3] puisque la plupart des musiciens et chanteurs doivent correspondre à ces normes pour être rentables (à défaut de quoi leur image sera retouchée pour répondre aux critères du marché). Même les artistes qui, de prime abord ne misent pas sur leur image sexuelle pour réussir, seront mis au pas ;  dès que leur carrière prendra son envol, ils verront la pression monter. On exigera d’eux qu’ils se conforment aux critères de beauté – les magazines les encenseront et ils feront la une dès qu’ils perdront quelques kilos. Notons la parution d’articles comme «Adele veut perdre du poids [4]» et « Jennifer Hudson, depuis sa perte de poids, c’est une vraie fashionista! [5] » Mais quand une musicienne prend du poids, on couvre la nouvelle mais cette fois sur un autre ton. Lorsque Christina Aguilera gagna quelques kilos (sans être pour autant en surpoids), les magazines interpelèrent l’artiste comme si elle devait s’en défendre (« Christina Aguilera se moque des critiques sur son poids [6] » et  « Adam Levine : il défend Christina Aguilera, attaquée sur son poids! [7] ») plutôt que de préciser que c’était là un phénomène naturel - l’artiste qui avait connu la célébrité à l’âge de 17 ans était devenue, après tout, une adulte. Quand une artiste connaît la célébrité à un jeune âge, en particulier à l’adolescence, sans avoir eu recours à une image sexualisée et qu’elle amorce sa carrière d’adulte, on cherchera souvent à lui faire adopter une image plus sexy [8]. Dès qu’elle franchit ce pas, sa sexualité est mise de l’avant au détriment de sa musique qui passe au second plan; sa silhouette et ses attributs physiques deviennent aussitôt le centre d’intérêt, lors de ses performances dans une vidéo comme dans ses apparitions dans les médias [9].

Bien que le message véhiculé chez les garçons soit différent, le monde de la musique les influence tout autant: est-ce en raison des critères de beauté masculine correspondant à un corps sculpté et hyper musclé qui a la cote chez les hommes issus du hip-hop, du heavy metal et même de la chanson country…? Toujours est-il que les adolescents qui consomment les vidéos de musique risquent davantage de développer une obsession pour la musculation [10].

Il y a exception à toute règle : les chanteurs et musiciens de certains styles musicaux n’ont que faire de leur apparence. Quelques-uns vont jusqu’à parler d’image corporelle dans leur musique, comme dans la chanson Map of Tasmania d’Amanda Palmer (une ode au corps poilu et non rasé) [11]. C’est dommage mais dans les styles plus populaires, miser sur la minceur et la sexualisation est devenu pratique courante. Selon Janell Hobson, auteure de Venus in the Dark: Blackness and Beauty in Popular Culture, les choses risquent même de se gâter: par le passé, le monde du hip-hop soutenait les chanteuses comme Missy Elliott, Lauryn Hill et Macy Gray « mais depuis que le hip-hop est devenu  une véritable industrie, on a fait taire presque toutes ces femmes  […] ou on les a marginalisées pour faire place aux danseurs de vidéo, aux mannequins et aux travailleurs de sexe qui alimentent l’économie de la pornographie hip-hop » [12].

 


 

[1] Beth T. Bell, Rebecca Lawton, Helga Dittmar, “The impact of thin models in music videos on adolescent girls’ body dissatisfaction,” Body Image, 4:2, juin 2007, 137-145.
[2] Report of the APA Task Force on the Sexualization of Adolescent Girls. American Psychiatric Assocation, 2010.
[3] Ibid.
[4] http://video.fr.msn.com/watch/video/adele-veut-perdre-du-poids/jpqx3xo0?from
[5] http://www.public.fr/News/Photos/Photos-Jennifer-Hudson-depuis-sa-perte-de-poids-c-est-une-vraie-fashionista-!-32455
[6] http://www.rtl.be/people/people/news/326025/christina-aguilera-se-moque-des-critiques-sur-son-poids
[7] http://www.public.fr/News/Adam-Levine-il-defend-Christina-Aguilera-attaquee-sur-son-poids-199987
[8] Andsager, J. L., & Roe, K. (1999). Country music video in country’s year of the woman. Journal of Communication, 49, 69-82.
[9] Ibid.
[10]  Marika Tiggemann (2005). Television and Adolescent Body Image: The Role of Program Content and Viewing Motivation. Journal of Social and Clinical Psychology, 24:3, 361-381.
[11] Peter Gaston. «Amanda Palmer Fights for Pubic Hair Freedom.» Spin, 13 janvier 2011.
[12] Janell Hobson. «Can’t Stop the Women of Hip Hop.» Ms. Magazine blog, 24 février 2011. http://msmagazine.com/blog/blog/2011/02/24/cant-stop-the-women-of-hip-hop/