Réponses

Les parents, les écoles et la loi essaient de trouver la meilleure façon de réagir à ce problème. Aux Etats-Unis, la pratique du sexto a valu à certains jeunes des inculpations pour pornographie infantile.

Au Canada, aucun jeune n’a été inculpé pour avoir envoyé des photos d’eux-mêmes mais au moins une jeune a été inculpée d’avoir distribué des photos qui lui avaient été envoyées par quelqu’un d’autre. Les agents d’application de la loi au Canada ont déclaré qu’il est peu probable que les jeunes soient inculpés lorsque le sextage est consensuel et que les photos ne sont pas partagées avec qui que ce soit, le partage d’images intimes sans le consentement de la personne concernée est maintenant un crime au Canada, et au moins un jeune a été déclaré coupable de distribuer de la pornographie juvénile, entre autres infractions, pour avoir partagé des photos d’un autre jeune [1].

Comment donc réagir au sextage? Selon ce que nous savons, à partir des recherches de HabiloMédias et des données obtenues ailleurs, nous pouvons tirer un certain nombre de conclusions :

Traiter des normes de genre : Il est clair que la majeure partie du tort découlant du sextage est liée aux doubles standards de genre qui représentent les filles comme étant à la fois des gardiennes de leur innocence sexuelle et, si elles dérogent de ce rôle, comme responsables des conséquences qu’elles pourraient subir en raison de leurs actions. Les recherches indiquent que ces stéréotypes existent même dans les campagnes éducatives de lutte contre le sextage, une autre façon dont des interventions mal choisies peuvent causer plus de tort que de bien [2]. Puisque ces normes de genre sont souvent communiquées et renforcées par les médias de masse, les programmes de littératie médiatique établis pour remettre en question les messages liés au genre dans les médias et la société doivent faire partie de toute programmation qui vise à atténuer les risques possibles du sextage.

Changer la culture liée au partage de sextos et aider les jeunes à le voir comme une question éthique : Les jeunes qui partagent des sextos ne considèrent pas qu’il s’agit d’une question morale ou éthique, ou encore ne considèrent pas que les expéditeurs originaux sont dignes d’une considération morale. Bien que cela puisse en partie être attribuable aux normes de genre discutées précédemment, il est également vrai que les jeunes n’adoptent pas souvent une pensée éthique quant à leurs actions et expériences en ligne [3]. Le problème peut découler du fait que certaines des caractéristiques de la communication numérique nous empêchent de ressentir de l’empathie envers les autres ou nous permettent de rationaliser plus facilement notre comportement en minimisant ou en niant le tort que nous causons ou en blâmant ou déshumanisant la victime [4]. Il est possible que cet effet soit à l’œuvre ici et qu’une partie de la difficulté consiste à identifier ces jeunes qui partagent des sextos et à les aider à voir la situation comme une question morale. Les recherches indiquent qu’il pourrait être plus efficace de cibler les jeunes qui partagent des sextos, lesquels sont après tout ceux qui sont plus susceptibles de causer du tort, plutôt que les expéditeurs originaux [5]. Les interventions devraient préparer les jeunes à reconnaître et à éviter les différents mécanismes de désengagement moral qui peuvent leur faire croire qu’il est acceptable de faire quelque chose qu’ils savent inapproprié, comme partager le sexto d’une autre personne sans son consentement.

Différence entre envoyer et partager des sextos : Les interventions, les programmes et les politiques doivent faire une différence entre l’envoi de sextos et le partage non consensuel de sextos, et devraient adopter des approches différentes pour chacun de ces gestes. Les parents et les autres adultes qui ont la garde de jeunes devraient pouvoir compter sur du soutien afin de les aider à comprendre l’importance de traiter des deux questions.

Ne pas adopter une approche punitive à l’égard de l’envoi de sextos : Les experts pensent à juste titre qu’une réponse « exemplaire » au sexto ne fasse que revictimiser des jeunes dont les photos intimes ont été rendues publiques, ou humilient de jeunes couples échangeant des photos sexuelles. La peur de telles conséquences ne ferait qu’empêcher les jeunes à chercher de l’aide lorsque les choses tournent mal [6].

Tenir compte du contexte. Les adultes doivent être sensibles aux circonstances relatives à l’envoi d’un sexto : était-ce juste une blague entre amis? Ou quelque chose de privé entre amoureux? Y a-t-il eu pression? L’un des protagonistes était-il mal intentionné? Il est évident que selon le contexte, la réponse sera différente.

Le sextage devrait également être considéré dans le contexte large des relations et de la sexualité des jeunes. Les recherches révèlent que l’envoi de sextos indique qu’un jeune a l’intention d’être actif sexuellement au cours de la prochaine année : par conséquent, Jeff Temple, psychologue à l’Université du Texas en médecine, dit que le sextage « nous donne une longueur d’avance. Si nous découvrons qu’un jeune envoie des sextos, c’est l’occasion idéale de lui parler de sexualité. Nous pouvons utiliser cette occasion pour promouvoir des pratiques sexuelles sécuritaires et des relations sexuelles saines [7]. »

Éviter de se concentrer sur les conséquences négatives. Cela peut sembler contraire à l’intuition, mais la recherche disponible laisse entendre que les interventions sont moins susceptibles de réussir si elles portent uniquement sur les conséquences négatives possibles, et qu’elles pourraient au contraire être nuisibles [8]. En fait, une étude a révélé que les élèves qui connaissent les conséquences juridiques potentielles associées au sextage sont plus susceptibles d’y prendre part [9]. (Il est probable que la relation soit plutôt l’inverse – que les élèves qui font du sextage sont plus susceptibles de connaître les conséquences potentielles – mais de toute façon, il est clair que connaître les conséquences n’a aucun effet préventif.)

Outre les conséquences juridiques, même les élèves qui pensent risquer, en envoyant des sextos, d’être victimes de chantage ou de voir leur réputation ternie ne sont pas moins susceptibles d’y prendre part [10]. Mise à part la tendance générale des adolescents de se laisser influencer par les résultats positifs possibles d’une action et non par ses aspects négatifs possibles, comme un grand nombre des élèves qui envoient des sextos ne subissent aucune conséquence négative, il est probable que les interventions centrées sur les conséquences négatives ne leur semblent pas pertinentes. En effet, une étude conclut que « Les messages à l’intention des jeunes sur le sextage et ses conséquences devraient être crédibles, cohérents et adaptés aux réalités de l’expérience sociale des adolescents [11]. » La réalité est que la plupart des jeunes ne sont pas victimes d’intimidation, de harcèlement ou de punition juridique grave parce qu’ils envoient des sextos [12]. Par conséquent, comme la chercheuse sur le sextage Elizabeth Englander le dit, « si nous présentons les conséquences négatives du sextage comme étant inévitables, alors nous avons perdu notre public puisque les jeunes savent que, pour la majorité d’entre eux, cela n’arrive pas [13]. »

Enseigner aux jeunes comment reconnaître et tisser des relations saines et comment résister à la pression associée à l’envoi, et au partage, de sextos. De nombreuses preuves indiquent que l’envoi de sextos peut être inoffensif dans le contexte d’une relation saine et respectueuse [14]. Il est également prouvé que le sextage risque plus de causer des dommages dans les cas où l’expéditeur est contraint : selon une étude, seulement 8 % des jeunes qui ont envoyé des sextos de leur plein gré ont indiqué avoir eu des problèmes associés à ceux-ci, comparativement à 32 % de ceux qui avaient été poussés à envoyer des sextos. Avoir été contraint à envoyer des sextos est associé au fait d’avoir été victime de violence dans les fréquentations [15]. Il semble donc probable que plutôt qu’enseigner à tous les élèves de ne pas envoyer de sextos, nous devrions les aider à reconnaître une relation malsaine et à résister à la pression liée à l’envoi de sextos.

Élaborer des approches plus ciblées pour ceux qui sont exposés à un risque plus élevé de sextage, ce qui nécessitera de plus amples recherches sur le sextage dans le contexte canadien. Par exemple, la recherche américaine suggère que certains groupes, tels que les jeunes afro-américains, sont plus susceptibles d’envoyer des sextos [16], mais nous ne savons pas encore dans quelle mesure cela est vrai, le cas échéant, pour les groupes similaires au Canada. (L’étude Jeunes Canadiens ne comportait aucune question sur l’ethnicité ou le statut d’autochtone des élèves.) Certaines recherches suggèrent que les jeunes à haut risque devraient être ciblés dans le cadre d’un programme sur le « sextage sécuritaire ». « Une telle approche devrait a) encourager les jeunes, individuellement, à résister à la pression des pairs et à prendre des décisions délibérées sur les relations sexuelles (si, quand, comment et avec qui) ou le sextage (consensuel et responsable) et b) établir un environnement plus sécuritaire en prenant des mesures anti-intimidation plus efficaces à l’école et dans la collectivité, et en évitant les punitions et la stigmatisation pour l’exploration sexuelle consensuelle adaptée à leur âge [17]. »


[1] Meissner, Dirk. « Sexting B.C. teen found guilty of child pornography. » Canadian Press, 10 janvier 2014.
[2] Ringrose, J., Harvey, L., Gill, R. et Livingstone, S. (2013) Teen girls, sexual double standards and ‘sexting’: Gendered value in digital image exchange, Feminist Theory 2013.
[3] James, C. with Davis, K., Flores, A., Francis, J., Pettingill, L., Rundle, M. and Gardner, H. Young People, Ethics, and New Digital Media: A Synthesis from the GoodPlay Project. Harvard Graduate School of Education, 2008.
[4] Bandura, Albert. Social cognition theory of moral thought and action. Dans W. M.Kurtines & J. L. Gewirtz (Eds.), Handbook of moral behavior and development (vol. 1, p. 45-96). Lawrence Erlbaum, 1991.
[5] Hasinoff, A. A. (2013). Sexting as media production: Rethinking social media and sexuality. New Media and Society, 15, 449-465. doi:10.1177/1461444812459171
[6] Slane A (2010) From scanning to sexting: the scope of protection of dignity-based privacy in Canadian child pornography law. Osgoode Hall Law Journal 48: 543–593.
[7] Dell’Antonia, KJ. « The Issue With Texting Isn’t the Sex, It’s the Text. »The New York Times (en ligne), 6 octobre 2014.
[8] Harris, Andrew, Davidson, J., Letourneau, E., Paternite, C., and Miofsky, K. Building a Prevention Framework to Address Teen “Sexting” Behaviors. Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention, 2010.
[9] Strasberg, Donald., McKinnon, R., Sustaíta, M. et Rullo, J. Sexting by High School Students: An Exploratory and Descriptive Study. Archives of Sexual Behavior. Janvier 2013, Volume 42, numéro 1.
[10] Walrave, M., Heirman, W., et Hallam, L. (2013). Under pressure to sext? Applying the theory of planned behaviour to adolescent sexting. Behaviour & Information Technology, 33(1), 86-98.
[11] Harris et al 2010.
[12] Strohmaier, Heidi, Megan Murphy et David DeMatteo. «Youth Sexting: Prevalence Rates, Driving Motivations, and the Deterrent Effect of Legal Consequences.» Sexuality Research and Social Policy 11.3 (2014): 245-55.
[13] Rosin, Hanna. « Why Kids Sext.” The Atlantic, October 14 2014.
[14] Englander, Elizabeth. Low Risk Associated With Most Teenage Sexting: A Study of 617 18-Year-Olds. Aggression Reduction Center de Massachusetts, 2012.
[15] Englander 2012.
[16] Rice et al 2012.
[17] Döring, Nicola. « Consensual Sexting among Adolescents: Risk Prevention through Abstinence Education or Safer Sexting? » Cyberpsychology: Journal of Psychosocial Research on Cyberspace 8, no. 1 (2014).