Sexualité et relations entre les sexes dans les médias

Les femmes sont soumises à une profonde pression exercée par la publicité, la télévision, le cinéma et les nouveaux médias pour qu’elles soient sexuellement attirantes et actives.

Bien qu’il n’y ait là rien de nouveau, des recherches ont révélé que la sexualisation des femmes dans les médias populaires s’est constamment accrue au cours des 40 dernières années.[1]

La femme, objet sexuel

Les images provocantes de femmes nues ou légèrement vêtues sont particulièrement abondantes dans la publicité. Shari Graydon, une ancienne présidente d’Évaluation-médias, affirme que la publicité sexualise le corps des femmes pour mieux attirer l’attention du public. Les femmes deviennent des objets sexuels à partir du moment où leur corps et leur sexualité sont associés à des marchandises.[2]

Jean Kilbourne, militante pour l’image des femmes dans les médias, est du même avis. Elle fait remarquer que les publicités présentent souvent le corps des femmes en images isolées - jambes, seins ou cuisses. Ce choix d’images ne fait que renforcer l’idée qu’elles sont des objets plutôt que des êtres humains.

Bien que la sexualité des femmes ne soit plus un sujet tabou, beaucoup de chercheurs se demandent si la sexualisation outrancière du corps féminin dans les médias est vraiment libératrice. Laurie Abraham, rédactrice en chef du magazine Elle, signale que le plus grand problème avec les magazines féminins, « c’est la quantité de mensonges qu’ils propagent sur la sexualité ».[3] Ces « mensonges » continuent à perpétuer l’idée que la sexualité féminine est accessoire par rapport au plaisir masculin. Par exemple, dans le cadre de son étude sur les magazines Cosmopolitan et Playboy, Nicole Krassas a découvert que les magazines pour hommes et pour femmes contiennent une seule vision de la sexualité féminine – que « la principale préoccupation des femmes devrait être d’attirer et de satisfaire sexuellement les hommes ».[4]

La présence de la désinformation et des stéréotypes médiatiques est troublante, car la recherche indique que les jeunes ont souvent recours aux médias pour obtenir de l’information sur le sexe et la sexualité. En 2003, David Buckingham et Sara Bragg ont indiqué que les deux tiers des jeunes se tournaient vers les médias lorsqu’ils voulaient en savoir plus sur le sexe – le même pourcentage d’enfants qui demandaient renseignements et conseils à leur mère.[5]

Comment attraper son homme (et le conserver)

De nombreux chercheurs affirment que la surreprésentation des femmes minces dans les médias de masse renforce la conclusion que « physiquement attrayante » et « sexuellement désirable » signifient « mince ». Une étude sur les couvertures de magazines féminins révèle que les messages portant sur la perte de poids sont souvent placés près de ceux sur les hommes et les relations. Voici quelques exemples : « Obtenez le corps que vous voulez vraiment » à côté de « Comment faire pour que votre mari vous écoute réellement » et « Restez mince » jumelé avec « Ce que les hommes veulent vraiment ».[6]

Les personnages féminins au cinéma et à la télévision ont également tendance à être fascinés par la découverte des désirs réels des hommes. Une étude menée en 2008 sur les premiers rôles féminins dans les films classés G a montré que ces femmes étaient presque toutes évaluées en fonction de leur apparence et déterminées à gagner le cœur d’un personnage masculin.[7]

Le sexe et la violence

L’amour a souvent un côté sombre. Comme l’indique Shari Graydon, les médias infantilisent les femmes en leur conférant une apparence enfantine, innocente et vulnérable. La vulnérabilité est souvent étroitement liée au risque d’être une victime potentielle de violence. Jean Kilbourne soutient que les publicités comme celle du parfum Fetish suggèrent que « les femmes ne pensent pas vraiment «non» quand elles le disent, mais qu’elles résistent aux avances des hommes dans le seul but de les allumer ». Voici ce que dit le texte de la publicité : « Appliquez généreusement dans votre cou pour qu’il puisse sentir le parfum pendant que vous faites «non» de la tête. » Le sous-entendu est évident : « il comprendra que vous ne le pensez pas vraiment et il répondra à l’odeur comme tout autre animal. »

Jean Kilbourne fait remarquer que le sexe dans les médias est souvent condamné « d’un point de vue puritain » : il y en a trop, il va trop loin, il encourage les jeunes à la promiscuité, etc. Mais, en fait, « les médias banalisent le sexe beaucoup plus qu’ils n’en font la promotion. Ce n’est pas un problème de moralité, mais de superficialité et de cynisme. On nous propose une pseudo-sexualité qui rend d’autant plus difficile la quête de notre authentique sexualité personnelle. »

 


[1] Hatton, Erin and Mary Nell Trautner. « Equal Opportunity Objectification? The Sexualization of Men and Women on the Cover of Rolling Stone. » Sexuality & Culture, août 2011.
[2] Graydon, Shari. «The Portrayal of Women in the Media: The Good, the Bad and the Beautiful,» chapter in Communications in Canadian Society, 5th edition,
Ben Singer, ed., Nelson 2001
[3] Featherstone, Lisa. « Faking It: Sex, Lies and Women’s Magazines. » Columbia Journalism Review, 4 mars 2002.
[4] Krassas, Nicole et al. « Boxing Helena and Corseting Eunice: Sexual Rhetoric in Cosmopolitan and Playboy Magazines. » Sex Roles, (44) 11-12, 2001.
[5] Buckingham, David et Sarah Bragg. Young People, Sex and the Media: the Facts of Life. Palgrave MacMillan, 2004.
[6] Malkin, Amy et al. « Women and Weight: Gendered Messages on Magazine Covers. » Sex Roles (40)7-8, 1999.
[7] Smith, Stacy et Crystal Allene Cook. Gender Stereotypes: An Analysis of Popular Films and TV. The Geena Davis Institute on Gender in Media, 2008.