L'économie du sexisme

Les grands médias brassent de grosses affaires. Selon la Motion Picture Association of America, les films hollywoodiens ont récolté à eux seuls 10 milliards de dollars en 2011, sans compter la location et la vente de DVD. [1] Pourtant, ses dirigeants affirment que le marché rend inévitable la présence de stéréotypes sexistes dans leurs productions.

À la poursuite du jeune mâle avec de bons revenus

Beaucoup de commentateurs affirment que le contenu des médias est conditionné par la publicité. Puisque les publicitaires font majoritairement la chasse aux mâles âgés de 18 à 34 ans, il n’y a rien d’étonnant à ce que les jeunes hommes occupent une place si importante dans les médias. [2] Martha Lauzen, professeure de communication à la San Diego State University, indique que les émissions mettant en vedette un personnage féminin ont tendance à être présentées pendant des tranches horaires déplorables. L’étude annuelle de Mme Lauzen sur le contenu présenté à la télévision indique que plus l’équipe de réalisateurs et d’acteurs compte de femmes, plus il est probable que ce programme sera « déplacé et entouré de programmes dont les cotes d’écoute ou les parts de marché ne sont pas élevées ». [3]

Les rédacteurs et les producteurs pour la télévision peuvent aussi être plus enclins à créer des émissions destinées aux hommes et à attribuer les rôles principaux aux hommes parce que c’est ce qu’ils connaissent : en 2009, à peine un peu plus du quart des rédacteurs pour la télévision et le cinéma du Writers Guild of America étaient des femmes. (La situation est légèrement meilleure ici, au Canada, où 32 % des rédacteurs de la Writers Guild of Canada sont de sexe féminin.) [4] La présence de femmes derrière l’écran fait une différence dans le nombre de personnages féminins. Toutefois, cette différence varie en fonction du véhicule utilisé : lorsqu’un film compte au moins une rédactrice, le nombre de personnages féminins augmente de 30 à 40 % [5], alors qu’à la télévision – peut-être en raison de la démarche par collaboration utilisée pour écrire pour ce médium –, la présence de femmes dans l’équipe de rédaction a un effet beaucoup moins marquant, soit une augmentation du nombre de personnages féminins de 39 à 43 %.

Le marché de la syndication

Le fait que le rendement des émissions donnant le premier rôle à des femmes est moindre par rapport à celui des émissions mettant en vedette des hommes amplifie le désintérêt des annonceurs envers les femmes. Comme les réseaux font la majeure partie de leur argent grâce aux reprises, la programmation aux heures de grande écoute a tendance à être « déséquilibrée en faveur des hommes. » En outre, comme le soutient Nancy Hass, « les émissions qui ne sont pas axées sur les hommes doivent présenter le type de femmes que les gars aiment regarder ». [6]

Le marché du cinéma

Les studios de cinéma utilisent aussi l’argument économique pour expliquer l’abondance de stéréotypes féminins au grand écran. Les films qui portent sur le sexe et la violence constituent de grands succès à l’échelle internationale. Pourquoi ? Les films de sexe et d’action ne reposent pas sur des scénarios astucieux, complexes, axés sur la culture ou un jeu convaincant d’acteurs. Ainsi, les films de sexe et d’action se « traduisent » facilement d’une culture à l’autre. Étant donné que près de la moitié des profits de l’industrie cinématographique proviennent du marché international, [7] les studios continuent d’entretenir les mêmes vieux stéréotypes.

Selon eux, le marché international n’achète que des films où le sexe et la violence sont au premier plan. Selon la scénariste Robin Swicord, « il est très difficile de faire accepter des films authentiquement féministes, ou même simplement honnêtes envers les femmes. Je crois sincèrement qu’ils disposeraient d’un large public au pays [les États-Unis], mais tant que ce public restera local, cela ne se fera pas. » Les producteurs se disent obligés de répondre à cette demande puisque leurs revenus proviennent à 80 % de l’étranger. [8]


[1] Subers, Ray. « Sequels, 3D Can’t Save 2011. » Box Office Mojo, 6 janvier 2012.
[2] Tamaru, Vicky. « What’s the «Big Idea»? » San Francisco Chronicle, 10 novembre 2009.
[3] Yeomans, Jeannine. « Hey, Hollywood: What’s Wrong With This Picture? » Women’s enews, 18 septembre 2000.
[4] Taylor, Kate. « Women and TV: They’ve Come a Long Way, Maybe. » The Globe and Mail, 8 octobre 2011.
[5] Keegan, Rebecca. « Gender inequality still has a starring role in Hollywood, USC study finds. » Los Angeles Times, 22 novembre 2011.
[6] Hass, Nancy. « Hard Times for Strong-Minded Women. » The New York Times, 27 septembre 1998.
[7] Young, S. Mark et al. The business of making money with movies. LSE Research Online, février 2010.
[8] Yeomans, Jeannine. « Hey, Hollywood: What’s Wrong With This Picture? » Women’s enews, 18 septembre 2000.