Différences entre les sexes

L’étude Jeunes Canadiens a révélé que le sextage comporte d’autres différences intéressantes selon les sexes.

Ainsi, les garçons sont plus susceptibles que les filles d’affirmer avoir déjà reçu un sexto provenant de son créateur (32 %, comparativement à 17 % des filles) et ils sont un peu plus susceptibles d’avoir déjà  transmis un texto qui leur avait été directement envoyé (16 %, comparativement à 12 % des filles), mais ils sont plus susceptibles de dire qu’un sexto qu’ils avaient envoyé avait été transmis à quelqu’un d’autre (26 %, comparativement à 20 % des filles). Ils sont également beaucoup plus susceptibles d’avoir reçu un sexto transmis par quelqu’un d’autre que son créateur (28 %, comparativement à 14 % des filles). Cela appuie la notion selon laquelle les garçons ressentent une pression de la part de leurs pairs quant au partage des sextos qu’ils reçoivent; par exemple, certaines recherches qualitatives indiquent que les garçons craignent de faire l’objet de brimades homophobes s’ils refusent de partager les sextos qui leur ont été envoyés.[1] En outre, des études portant sur les aspects sexospécifiques du sextage montrent systématiquement que tandis que les garçons qui envoient des sextos sont peu critiqués, les filles qui le font sont perçues comme étant sexuellement immorales: on considère que les filles qui envoient des sextos utilisent leur sexualité pour obtenir de l’attention alors qu’on assume que les garçons (même si leurs sextos deviennent publics) le font pour obtenir l’attention d’un seul partenaire potentiel[2].

Cela pourrait expliquer pourquoi ceux qui transmettent des sextos ne semblent pas trouver qu’il s’agit d’un problème éthique : les filles qui envoient des sextos sont considérées comme si elles transgressaient les rôles sexués et, par conséquent, qu’elles abandonnaient le droit de s’attendre à ce que leur image ne soit ni partagée, ni transmise. Certains chercheurs estiment que les filles font face à des sanctions sociales en matière de sextage, qu’elles envoient des sextos ou non : les chercheurs sur le sextage de l’Université du Michigan Scott Campbell et Julia Lippman ont découvert que les garçons de la recherche décrivaient les filles qui envoyaient des sextos comme étant des « traînées » ou « manquant d’assurance », alors qu’ils caractérisaient les filles qui n’en envoyaient pas de « prudes » ou de « snobs ». Le sextage est donc une proposition perdante-perdante pour les filles. Leur comportement est évalué en termes durs et souvent sexistes, qu’elles envoient ou non des sextos[3].

Les rôles sexués peuvent également alimenter la perception selon laquelle le partage des sextos serait un acte positif, servant à la fois de sanction envers un comportement inapproprié des filles et de récompense par un gain de statut pour les garçons (certaines études démontrent que les garçons acquièrent un statut grâce au partage et au transfert des sextos qui leur sont envoyés.)[4] Ces données pourraient aussi mettre en lumière les conclusions de l’étude Jeunes Canadiens selon lesquelles les sextos des garçons sont en fait plus susceptibles d’être transmis que ceux des filles : il se pourrait qu’il y ait moins de réticence à partager les sextos des garçons, car ceux-ci ne sont pas considérés comme étant mauvais à l’instar de ceux des filles. Il est également possible que les sextos des garçons soient moins susceptibles de contenir des éléments qui permettent de les identifier; en effet, comme il n’y a guère de preuves que les sextos des garçons servent aux filles pour leur permettre d’acquérir un statut, de la même manière que les garçons utilisent les sextos des filles, celles-ci ne seraient pas aussi motivées de demander aux garçons d’inclure leur visage sur la photo pour en prouver l’origine. Puisque d’autres recherches ont montré que les jeunes LGBTQ sont plus susceptibles de sexter, il est également possible que les jeunes hommes homosexuels partagent et transfèrent les sextos dans des proportions plus élevée.


[1] Walker 2012.
[2] Ringrose, J., Harvey, L., Gill, R. et Livingstone, S. (2013) Teen girls, sexual double standards and ‘sexting’: Gendered value in digital image exchange, Feminist Theory 2013.
[3] Madrigal, Alexis C. “On Teen Sexting: Same Sexism, Different Technology.” The Atlantic, June 18 2014.
[4] Ringrose et al 2013.