Répondre au plagiat

Alors que les enfants aussi jeunes que 7 ans ont une croyance innée voulant que de copier le travail d’une autre personne ne soit pas correct [1], les élèves peuvent avoir de la difficulté à voir le plagiat de la même façon puisqu’il semble s’agir d’un geste sans victime. Si personne n’est blessé, nous sommes alors moins susceptibles de ressentir de l’empathie, et sans cela, il est difficile de considérer qu’une chose est moralement inacceptable.

Lorsqu’il est question de plagiat et de malhonnêteté académique, il faut faire comprendre aux élèves que ces situations font des victimes : les élèves eux-mêmes, bien sûr, qui se privent de ce qui pourrait être une importante expérience d’apprentissage (voudriez-vous vous faire opérer par un médecin qui a triché à ses examens?), et également les autres élèves de la classe, en partie parce que plus l’enseignant passe de temps à détecter le plagiat, moins il a de temps pour préparer des leçons et aider les élèves.

Une autre façon d’aider les élèves à considérer la question sur le plan émotionnel est de leur faire comprendre que le plagiat de tout genre est irrespectueux envers l’auteur. Il peut être utile de faire des parallèles avec d’autres formes de copiage qui sont plus tangibles et personnelles, comme le copiage des œuvres d’artistes indépendants et d’artisans exposés sur le blogue You Thought We Wouldn’t Notice?.

Ou en positionnant les jeunes comme créateurs de contenu.

« Tu te rappelles que tu avais vendu tes dessins lors de la foire à l’école? Et si quelqu’un prenait une photo de ce que tu as dessiné, copiait ton dessin et le vendait? Comment te sentirais-tu? Est-ce juste? »

Alors que la culture des jeunes a un effet important sur les attitudes des élèves à l’égard du plagiat, les cultures à la maison et à l’école sont probablement encore plus importantes. Lorsque les parents et les enseignants se concentrent davantage sur les notes, le plagiat est plus fréquent, mais lorsqu’on prête davantage attention à la valeur du contenu et au processus d’apprentissage, les taux de plagiat diminuent [2].

Les enseignants peuvent également communiquer les valeurs de leur « culture en classe » par les devoirs qu’ils donnent. Plus les devoirs dépendent d’éléments comme de simples questions de fait, plutôt que de demander aux élèves de résumer leurs idées et de faire des évaluations, plus les élèves sont susceptibles de plagier ou de tricher. Avant de donner un devoir, il peut être utile de se demander si les élèves seront en mesure de le faire en lisant seulement un résumé du texte plutôt que le texte complet. Dans l’affirmative, vous pourriez être en mesure de montrer aux élèves que de faire le devoir est une expérience plus valable que de tricher.

Traditionnellement, la principale façon de traiter de la malhonnêteté académique est d’établir des règles. Cette approche est moins efficace qu’elle l’a déjà été pour différentes raisons. Les élèves ne comprennent pas nécessairement comment les règles touchent aux différentes activités que nous avons classées comme étant du plagiat. Comme nous l’avons vu, même les élèves qui savent que ce qu’ils font va à l’encontre des règles estiment souvent que le plagiat n’est pas mal d’un point de vue émotionnel, ce qui signifie que le principal facteur les influençant à plagier ou non est la probabilité qu’ils se fassent prendre. Ce qui pourrait être encore plus efficace que des règles strictes contre le plagiat est de mettre en œuvre des procédures qui le rendent plus difficile. Plutôt que de simplement demander un projet final, par exemple, les enseignants (et les parents) peuvent demander à voir toutes les différentes étapes du projet, de la recherche au remue-méninges en passant par l’aperçu et l’ébauche et ensuite la version définitive. L’enseignant ne doit pas nécessairement donner une note à chacune de ces étapes, mais en insistant pour que les élèves remettent ces étapes, il est plus facile de détecter le plagiat et cela le rend plus difficile.

Comme pour d’autres questions éthiques, les jeunes ont tendance à penser que la malhonnêteté académique est plus fréquente qu’elle ne l’est en réalité : par exemple, une étude réalisée en 2009 indique que les deux tiers des élèves croient que d’autres élèves de leur école utilisent leur téléphone cellulaire pour tricher, alors que seulement la moitié des élèves ont signalé le faire eux-mêmes [3]. Les études suggèrent également qu’environ 1 élève sur 10 a consciemment plagié avant la 10e année, ce qui signifie que 90 p. 100 d’entre eux ne l’ont jamais fait [6].

En abordant l’honnêteté académique de la bonne façon, ce n’est pas du tout contraire à la culture des jeunes. Obtenir des renseignements est banal de nos jours : les jeunes doivent devenir des « remixeurs » de renseignements. Tout comme un bon « remix » utilise différentes chansons ou vidéos pour créer un truc nouveau, une dissertation ou tout autre travail étudiant devrait utiliser ses sources comme outils pour créer quelque chose d’encore plus grand. En traitant les élèves non seulement comme des consommateurs, mais également des producteurs de médias, nous pouvons leur enseigner à utiliser des sources d’une façon transformative.

Dilemmes moraux liés au plagiat

Voici un scénario qui peut aider les jeunes à explorer les questions soulevées : tard un soir, Nathan termine une dissertation qu’il doit rendre le lendemain matin lorsqu’il découvre qu’il n’a pas consigné la source de l’un des plus importants faits. Il est incapable de déterminer où il a trouvé l’idée à l’origine et n’a plus le temps pour le faire. Devrait-il supprimer le fait de sa dissertation, même si cela va affaiblir son argument et probablement diminuer sa note? Devrait-il ajouter le fait en inventant une citation? Devrait‑il inclure le fait, mais demander plus de temps pour trouver la citation (ce qui pourrait également faire baisser sa note)? Il faut se rappeler qu’il est important qu’un dilemme moral n’ait pas de réponse claire afin de donner aux jeunes l’occasion de pratiquer leur raisonnement moral.

En ce qui concerne le jugement moral, la chose la plus importante est de réussir à convaincre les jeunes de ne pas seulement considérer les risques et les récompenses. On peut demander aux élèves s’il est juste pour les autres élèves que Nathan s’attende à être exempté d’une règle qui devrait s’appliquer à tous, ou s’il est mal de priver l’auteur du contenu original de son droit d’être reconnu pour son œuvre.

Pour les plus jeunes enfants, nous pouvons utiliser un exemple plus concret : Fiona et David, des élèves dans la même classe, travaillent tous les deux sur un devoir qui leur demande d’inventer un superhéros qui sera la vedette d’une courte bande dessinée. Fiona se met au travail tout de suite et invente Super‑Singe, un superhéros qui peut se changer en singe. David la voit travailler sur sa bande dessinée et commence à dessiner son personnage, Super-Lémur. À quel moment l’imitation de David devient-elle inacceptable? Devrait-il attribuer le mérite à Fiona ou lui demander la permission? Est-ce pire si David obtient une meilleure note?

Nous pouvons demander aux enfants de considérer comment Fiona se sentira lorsqu’elle réalisera que David l’a copiée, et comment David se sentira à son tour. Nous pouvons aussi leur demander de réfléchir à la façon dont les autres élèves percevront David s’il se fait une réputation de copieur et de penser à l’importance de l’originalité du devoir.

 


[1] Kristina R. Olson et Alex Shaw. ‹No fair, copycat!›: what children’s response to plagiarism tells us about their understanding of ideas. Developmental Science (2010), p. 1-9.
[2] Jason Stephens. Why Students Plagiarize (webémission). http://pages.turnitin.com/Plagiarism_45_Recording.html.
[3] Cheating Goes Hi-Tech. Common Sense Media, 18 juin 2009. https://www.commonsensemedia.org/blog/cheating-goes-hi-tech.
[4] Common Sense Media, 2009.
[5] Samuel C. McQuade III et Neel Sampat. Survey of Internet and At-risk Behaviors. RIT Center for Multidisciplinary Studies, 18 juin 2008. <http://scholarworks.rit.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=2426&context=article>
[6] Jason Stephens. Why Students Plagiarize (webémission). http://pages.turnitin.com/Plagiarism_45_Recording.html. 

Ressources pour les jeunes

Sur le droit chemin

Sur le droit chemin : Enseigner aux enfants un comportement éthique et sécuritaire en ligne est un ensemble de ressources qui vise à promouvoir et à encourager chez les jeunes des comportements éthiques en ligne. Les ressources comprennent une unité de quatre leçons portant sur les compétences en recherche et en pensée critique; un tutoriel autodirigé qui examine les dilemmes moraux auxquels font face les jeunes lors de leurs activités en ligne ainsi que des stratégies pour les aider à gérer ces dilemmes; et trois fiches-conseils pour les parents afin qu’ils puissent enseigner aux jeunes comment se comporter de façon sécuritaire et éthique en ligne.

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