Développement des radios et télévisions autochtones

Quand les émissions d’information et de divertissement des grands médias du Sud ont commencé à déferler au Nord, les communautés autochtones ont très vite compris qu’il était nécessaire, pour assurer leur survie culturelle, de développer une radio et une télévision dont ils seraient les propriétaires et dirigeants.

Depuis le milieu des années 1950, la radio faisait déjà partie intégrante de leur vie grâce à des radios communautaires et au Northern Service de la Canadian Broadcasting Corporation sur ondes courtes. Au début des années 1970, 16 % des programmes du Northern Service étaient en langue inuktitut et, grâce à l’appui financier et technique de Radio-Canada et du gouvernement fédéral, la radio était en voie de devenir, partout dans le Nord, le moyen principal de communication qu’il s’agisse de politique, de nouvelles locales, de messages personnels ou de bingos.

En 1973, l’arrivée des transmissions par satellite des programmes télévisés du sud du Canada et des États-Unis a catalysé le besoin d’une télévision faite par et pour les autochtones. Si des émissions comme La soirée du hockey étaient appréciées des Inuits, d’autres éveillaient en eux une profonde perplexité. Les leaders communautaires ont rapidement considéré que les émissions venues du Sud menaçaient leur langue autant que leurs traditions culturelles. Ces sons et images qui envahissaient chaque foyer ne reflétaient en rien la réalité et les valeurs autochtones. Une jeune femme en particulier, Rosemary Kuptana, devenue plus tard présidente de l’Inuit Broadcasting Federation, assimilait l’impact de la télévision du Sud à celui d’une bombe atomique, « le type de bombe qui tue les gens en laissant les bâtiments intacts ».

Entre 1976 et 1981, d’importantes subventions du gouvernement et le lancement des nouveaux satellites Hermès et Anik B permettent à diverses organisations autochtones, de l’Alberta au Québec, d’expérimenter des programmes de télévision interactive et de se lancer dans la production d’émissions originales. Les émissions pilotes remportent un tel succès que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) accorde en 1981 à Inuit Tapirisat of Canada le droit de fonder une corporation de radiodiffusion inuite, autorisée à diffuser des émissions en langue inuktitut dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nord québécois et le Labrador. La même année, le CRTC autorise deux Premières Nations à établir un réseau de radio par satellite diffusant des émissions en diverses langues autochtones destinées aux communautés du Yukon et de la partie la plus occidentale des Territoires du Nord-Ouest. En même temps, Radio-Canada double le pourcentage de ses émissions en langue autochtone.

Au début des années 1980, tous les éléments sont en place au pays pour qu’un réseau de communications détenu et dirigé par des autochtones puisse être créé, soit des organismes autochtones militants, 13 sociétés de communications locales (Inuits, Premières Nations et Métis), l’appui du CRTC et de nouvelles politiques de financement gouvernementales.

En 1983, le gouvernement canadien affecte 40 millions de dollars à la création d’un réseau autochtone de radio et de télévision dans les régions nordiques du Canada. Et il adopte la même année une politique de radiotélédiffusion dans le Nord, qui définit les règles d’un « accès juste » des Premières Nations aux systèmes de télécommunications du Nord pour le développement des langues et cultures indigènes. En pratique, cela signifie pour la majorité des régions l’accès au réseau de distribution de Radio-Canada. La loi se révèle cependant difficile à appliquer et déçoit les attentes des communautés autochtones.

En 1988, après des années de campagne de groupes de pression autochtones, le gouvernement alloue 10 millions de dollars à l’installation d’un répéteur de satellite réservé aux communautés autochtones. Television Northern Canada (TVNC) couvre cinq fuseaux horaires - Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Nord québécois et Labrador -, soit un tiers du Canada. En 1991, le droit des Premières Nations au contrôle de leurs propres communications est enchâssé dans la Loi sur la radiodiffusion et, en 1995, le CRTC accorde à TVNC l’autorisation de diffuser également ses programmes dans le sud du pays.

Devant le succès de TVNC, une campagne fiévreuse voit le jour pour l’établissement d’un réseau télévisé national autochtone. Elle reçoit un appui surprenant dans l’ensemble de la population canadienne : selon un sondage Angus Reid, les deux tiers des Canadiens se déclarent en sa faveur et 68 % d’entre eux se disent prêts à une augmentation de 15 cents de leur facture mensuelle de câble pour aider à sa création.

Le Réseau de télévision des peuples autochtones, Aboriginal Peoples Television Network (APTN), devient réalité en 1999. Positionné dans le service de base des câblodistributeurs, il devient immédiatement disponible dans huit millions de foyers au nord comme au sud du Canada, par câble ou par l’entremise d’un satellite de radiodiffusion directe (SRD). The Globe and Mail salue cette avancée spectaculaire dans un de ses éditoriaux.

« Le simple fait d’être vus à la télévision donne aux gens une réalité que rien d’autre, ou presque, ne peut offrir dans la société du vingtième siècle. Il s’agit du fondement psychologique de la décision récente du CRTC d’autoriser la création d’une chaîne de télévision autochtone. Non seulement le Réseau de télévision des peuples autochtones permettra aux diverses communautés nordiques d’apprendre à mieux se connaître en anglais, en français ou dans 15 de leurs langues locales, mais il deviendra également un environnement virtuel où les Canadiens du Sud et du Nord pourront se rencontrer et échanger d’une façon qu’ils n’auraient peut-être pas expérimentée autrement. »

APTN a ouvert bien des portes et donné à plusieurs artistes, écrivains, acteurs ou producteurs autochtones les habiletés et les moyens pour apporter aux peuples autochtones leurs propres images et messages, que ce soit sous forme de documentaires, de fictions, d’émissions pour enfants, de programmes éducatifs, de bulletins de nouvelles, d’émissions d’actualité ou même de leçons de cuisine. Le Réseau a permis aux communautés autochtones de s’attaquer aux stéréotypes étouffants qui dominent leur image dans les productions télévisées du Sud et de présenter à leurs jeunes de nouveaux modèles par l’entremise du média qui leur plaît le plus.

Mais l’espoir manifesté par The Globe and Mail de voir les non-autochtones s’intéresser à la vie de leurs concitoyens du Nord par l’entremise de la télévision était peut-être trop optimiste. Dans la plupart des communautés du sud du Canada, les téléspectateurs sont forcés de naviguer sur le câble jusqu’à la position 55 ou encore plus loin pour trouver les émissions d’APTN.

Le Réseau de télévision des peuples autochtones représente cependant un pas de géant, et son développement est imité davantage chaque année par les autres services de radiodiffusion autochtones et les radios communautaires. On notera également le développement sans précédent de Isuma.tv, un site Internet international inuit destiné à la mise en valeur de la production audiovisuelle des autochtones provenant de partout dans le monde. Selon la sociologue Lorna Ruth, depuis la première diffusion il y a 40 ans d’une émission en inuktitut, le Canada a été identifié « comme un modèle de résistance à l’oppressante uniformisation des médias en Amérique du Nord ».

Aujourd’hui, de nombreuses communautés tentent de développer leur propre radio communautaire, et des réseaux nationaux radiophoniques ont vu le jour comme Aboriginal Voices Radio, un réseau de radio autochtone canadien. On peut également citer le NCI (Native Communications Inc.) qui opère au Manitoba, l’Aboriginal Radio qui se veut un forum d’échanges sur les questions autochtones des trois Amériques, l’Aboriginal CKCU qui rejoint surtout les autochtones de la région d’Ottawa ou CIHW FM, la radio communautaire des Hurons-Wendats de Wendake. On trouvera une mise à jour de la plupart des radios autochtones sur le site www.turtleisland.org/news/news-radio.htm.

Médias permettant de relier les différentes communautés d’une même nation, les radios communautaires jouent le rôle de lien social, en plus des grandes radios nationales autochtones comme peut l’être la SOCAM, la société de communication atikamekw-montagnaise. Et c’est justement ce qui a intéressé le jeune Atikamekw Patrick Boivin dans le court-métrage Territoire des ondes, lequel a remporté quelques prix au Canada. Dans ce documentaire, Patrick Boivin fait le lien entre le tambour, outil traditionnel de communication, et la radio, qui reste aujourd’hui un moyen de rester en contact malgré le développement des nouveaux médias et réseaux sociaux virtuels comme Facebook.

À titre d’exemples, voici une liste de télévisions et de radios communautaires inuites et cries de l’Arctique canadien tirée de http://media002.tripod.com/nunamedia.html :

TAQRAMIUT NIPINGAT INCORPORATED (TNI)

INUKJUAK TNI TV, QC J0M 1M0
Tél. : 819 254-8977 Téléc. : 819 254-8510

TAQRAMIUT NIPINGAT INC. TV
PO BOX 360
KUUJJUAQ, QC J0M 1C0
Tél. : 819 255-8822 Téléc. : 819 255-8891
Site Web : http://www.tvnc.ca/Members/tni.html

TAQRAMIUT NIPINGAT INC.
185 avenue Dorval, local 501
Dorval, Québec, H9S 5J9
Tél. : 514 631-1394 Téléc. : 514 631-6258

SALLUIT OFFICE
TV & Radio Production Centre
Tél. : 819 255-8822

IVUJIVIK COMMUNITY RADIO STATION
APPALIMMIUT TUSAUTINGA FM
IVUJIVIK, QC J0M 1H0
Tél. : 819 922-9966

CANADIAN BROADCASTING CORP
PO BOX 158
KUUJJUAQ, QC J0M 1C0
Tél. : 819 964-2971 Téléc. : 819 964-2476

SOCIÉTÉ RADIO-CANADA
KUUJJUAQ, QC J0M 1C0
Tél. : 819 964-2594

CREE COMMUNITY RADIO STATION
PO BOX 189
KUUJJUARAPIK , QC J0M 1G0
Tél. : 819 929-3421

FM COMMUNITY RADIO STATION
HSE 155
AKULIVIK, QC J0M 1V0
Tél. : 819 496-2033

FM COMMUNITY RADIO STATION
KUUJJUAQ, QC J0M 1C0
Tél.: 819 964-2921 Téléc. : 819 964-2229

FM COMMUNITY RADIO STATION
HSE 16
AUPALUK, QC J0M 1X0
Tél. : 819 491-7088

FM COMMUNITY RADIO STATION
QUAQTAQ, QC J0M 1J0
Tél. : 819 492-9946

FM COMMUNITY RADIO STATION
HSE 309
KANGIRSUK, QC J0M 1A0
Tél. : 819 935-4258

INUKJUAK FM COMMUNITY RADIO STATION
INUKJUAK, QC J0M 1M0
Tél. : 819 254-8967

MUNICIPAL FM COMMUNITY RADIO STATION
SALLUIT, QC J0M 1S0
Tél. : 819 255-8046

QAKKALIK COMMUNITY FM STATION
PO BOX 64
KANGIQSUJUAQ, QC J0M 1K0
Tél. : 819 338-3365

TASIUJAQ COMMUNITY RADIO FM STATION
HSE 153
TASIUJAQ, QC J0M 1T0
Tél. : 819 633-9915

KUUJJUARAPIK COMMUNITY RADIO STATION
KUUJJUARAPIK, QC J0M 1G0
Tél. : 819 929-3321

SOCIÉTÉ RADIO-CANADA
INUKJUAK, QC J0M 1M0
Tél. : 819 254-8817

SOCIÉTÉ RADIO-CANADA
SALLUIT, QC J0M 1S0
Tél. : 819 255-8947

UMIUJAQ FM COMMUNITY RADIO STATION
UMIUJAQ, QC J0M 1Y0
Tél. : 819 331-7065

Trousse éducative – diversité et médias

La Trousse éducative – diversité et médias est une ensemble de ressources conçues pour les enseignants, les élèves, les corps policiers et le grand public ; on y aborde des sujets brûlant d’actualité comme la haine, les préjugés et les stéréotypes véhiculés dans nos médias et sur Internet. Ce programme comprend des tutoriels de perfectionnement professionnel, des leçons, des activités pédagogiques pour l’élève et des documents d’accompagnement.

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