Couverture médiatique des femmes et de la condition féminine

Plusieurs spécialistes considèrent la rareté des femmes dans les médias préoccupante. Sous-représentées dans les émissions d’information, les femmes sont souvent décrites de manière stéréotypée quand elles sont présentes. Les professionnelles et les sportives sont particulièrement touchées par cette tendance.

Les femmes, les actualités et la politique

Malgré une augmentation soutenue du nombre de professionnelles au cours des 20 dernières années, la presse de grande diffusion continue de compter principalement sur les hommes à titre d’experts dans les domaines du commerce, de la politique et de l’économie. Dans la presse, les femmes figurent plus souvent dans des histoires d’accident, de catastrophe naturelle ou de violence familiale que dans des nouvelles nécessitant leur expertise ou leurs aptitudes professionnelles.

Les femmes en politique sont écartées de façon similaire. La journaliste canadienne Jenn Goddu a étudié sur 15 ans la couverture accordée dans les journaux et les magazines à trois groupes de pression en faveur des femmes. Elle a découvert que les journalistes s’attardaient souvent à des détails de la vie privée des femmes actives en politique plutôt que d’exposer leurs opinions. Il n’est pas rare que les articles sur les politiciennes et autres femmes de pouvoir mentionnent le style de vêtements qu’elles portent, ou leur restaurant préféré par exemple. [1]

En 1998, le politologue Denis Monière a analysé 83 bulletins de fin de soirée diffusés à la SRC, à TVA et à CBC. Il a remarqué qu’« on sollicite le point de vue des femmes surtout à titre de citoyennes et très peu en tant qu’expertes. Les modèles de réussite sociale ou d’influence dans les domaines de la politique, de l’économie et de la société sont toujours massivement masculins. » La visibilité des femmes dans les bulletins de nouvelles aurait même régressé depuis les 10 dernières années, selon cette enquête.

Denis Monière signale, par ailleurs, que « la proportion de politiciennes interviewées est nettement inférieure à leur représentation à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale ». Cette faible couverture pourrait être rachetée par la profondeur et la qualité des reportages. [2]

La couverture insuffisante des femmes semble un phénomène mondial. En 2006, l’Association des femmes journalistes (AFJ) a étudié la couverture des femmes et des sujets d’actualité touchant les femmes dans 70 pays. L’étude a indiqué que seulement 17 % des nouvelles portent sur des femmes; une femme sur 14 est présentée comme une victime (comparativement à un homme sur 21) et une femme sur cinq est illustrée dans le contexte de sa famille (par comparaison à un homme sur 16). [3]

Caryl Rivers, professeur en journalisme à l’Université Columbia, remarque aussi que les femmes actives en politique sont souvent critiquées et stéréotypées par les médias. Durant la présidence de son mari, Hillary Clinton a été qualifiée au moins 50 fois dans la presse de « sorcière » ou autre périphrase équivalente. « Les figures politiques masculines, dit-il, sont parfois victimes d’insultes mesquines ou violentes, mais celles-ci font rarement appel à la terreur superstitieuse. La presse a-t-elle jamais accusé les présidents Carter, Reagan ou Clinton de magie noire ? »

Femmes et sports

Les athlètes féminines ne sont guère mieux représentées dans les médias. Margaret Carlisle Duncan et Michael Messner ont étudié la couverture sportive de trois réseaux affiliés de Los Angeles. L’étude a révélé que seulement 9 % du temps d’antenne était consacré aux sports féminins par rapport à 88 % consacré aux athlètes masculins. Les athlètes féminines ont obtenu un score encore pire à l’émission sportive d’ESPN Sports Centre dans laquelle elles occupaient à peine plus de deux pour cent du temps d’antenne. [4]

Les commentateurs sportifs (des hommes à 97 %) n’utilisent pas le même langage quand ils parlent des hommes et des femmes. Selon une étude menée par Margaret Carlisle Duncan, professeure à l’Université du Wisconsin, les hommes sont généralement décrits comme « grands », « forts », « brillants », « courageux », « agressifs », alors que les femmes seraient souvent « lasses », « fatiguées », « frustrées », « affolées », « vulnérables » ou « à bout de souffle ». Les commentateurs appellent aussi deux fois plus souvent les hommes par leur seul nom de famille, et trois fois plus les femmes uniquement par leur prénom. Selon Margaret Carlisle Duncan, ceci « réduit les athlètes féminines au statut d’enfant et réserve l’image d’adulte aux athlètes masculins blancs ».

Les journalistes qui ont couvert les Internationaux de tennis féminin de Montréal en 2000 se sont d’ailleurs vu attribuer le prix Déméritas de la Gazette des femmes pour le caractère sexiste de leurs commentaires. La Gazette a souligné le vif intérêt des journalistes pour la tenue suggestive de certaines joueuses, de même que l’attention excessive accordée à Anna Kournikova, reconnue pour sa beauté plutôt que pour la qualité de son jeu.

La manière dont les femmes sont représentées dans les reportages sportifs est aussi très différente du traitement réservé aux hommes. Ceux-ci sont généralement saisis en pleine action alors que l’on photographie de plus en plus les sportives dans des poses hyper sexualisées. La professeure Pat Griffin remarque que s’il « suffisait autrefois de féminiser les athlètes féminines, il est maintenant nécessaire de les sexualiser pour les hommes. Au lieu d’entendre, «je suis une femme, écoutez-moi rugir», nous entendons «je suis hétéro-sexy et regardez-moi me dévêtir». » [5]

La beauté avant l’intelligence

Lorsque Greta Van Susteren, animatrice d’une émission de nouvelles très respectée, est passée de CNN à Fox au début de 2002, elle a changé son style en plus de subir une chirurgie esthétique pour modifier son visage et apparaître plus jeune et plus « belle ». À la première de son émission, On the Record, ses cheveux étaient parfaitement coiffés, elle portait une jupe courte et elle était assise derrière une table de façon à ce que les téléspectateurs puissent admirer ses jambes.

Robin Gerber constate que, « avant sa chirurgie, Greta Van Susteren était une figure phare de l’espoir quant aux progrès accomplis par les femmes. On aurait pu croire qu’elle était à la télévision parce qu’elle était extrêmement intelligente, clairement la meilleure analyste juridique en ondes. » Toutefois, sa chirurgie symbolise ce que soutiennent de nombreux analystes depuis des décennies : l’apparence d’une femme est beaucoup plus importante que ce qu’elle a à dire.

Robin Gerber conclut que Greta Van Susteren « nous rappelle douloureusement l’inégalité des femmes… L’intelligence, même prodigieuse, ne suffit pas. En tentant d’avoir un joli minois, Van Susteren est plutôt devenue une autre victime culturelle. » [6]

 


[1] Goddu, Jenn. « «Powerless, Public-Spirited Women,» «Angry Feminists,» and «The Muffin Lobby»: Newspaper and Magazine Coverage of the Canadian Advisory Council on the Status of Women, the National Action Committee on the Status of Women, and REAL Women of Canada. » Canadian Journal of Communication, (24) 1, 1999.
[2] Monière, Denis. Votez Pour Moi: Une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale. Fides, 1998.
[3] La place des femmes dans les medias. Association des femmes-journalistes, 2006. http://www.femmes-journalistes.asso.fr/rubrique.php3?id_rubrique=2
[4] Duncan, Margaret Carlisle and Michael A. Mesner. Gender in Televised Sports: News and Highlights Shows, 1989-2004. Amateur Athletic Foundation of Los Angeles, juillet 2005.
[5] Holste, Glenda Crank. « Women Athletes Often Debased by Media Images. » Women’s eNews, 17 octobre 2000.
[6] Gerber, Robin. « Why turn brilliant lawyer into Barbie with brains? » USA Today, 10 février 2002.