Carrières des femmes dans les médias

Depuis les années 1960, les féministes font valoir qu’il « importe de savoir qui a du succès ». En ce qui a trait aux médias de masse, ce sont les hommes qui continuent de « réussir ».

Les femmes qui travaillent dans les médias font des percées. En 2011, l’International Women’s Media Foundation (fondation internationale de femmes œuvrant dans les médias) a signalé que seulement un tiers des journalistes du monde entier étaient des femmes. [1] Des études menées par les chercheuses canadiennes Gertrude Robinson et Armande Saint-Jean ont révélé que 28 % des rédacteurs en chef de journaux étaient des femmes. [2] En outre, selon la professeure de communication Martha Lauzen,  les femmes représentaient 18 % des directeurs, producteurs exécutifs, rédacteurs, cinéastes et monteurs de films des 250 films les plus lucratifs de 2011. [3]

Bien que les femmes ont désormais une présence importante dans les salles de rédaction de journaux imprimés et télévisés, elles se heurtent encore à une barrière invisible : les femmes constituent au moins 50 % des rédacteurs, des producteurs, des monteurs et des rédacteurs en chef, mais elles ne composent que 40 % des postes élevés de direction et seulement un quart d’entre elles atteignent les niveaux hiérarchiques les plus élevés. [4]

Selon une enquête internationale réalisée en 2000 par l’Association des femmes journalistes (AFJ), les femmes sélectionneraient 6 % plus de sujets féminins dans leurs reportages que les hommes. Cette différence peut sembler minime, mais elle est tout de même significative. Toujours selon l’AFJ, c’est à la télévision que l’on retrouve une plus grande proportion de nouvelles ayant des femmes comme sujet (de 5 à 9 % de plus que dans les autres médias). Ce n’est pas un hasard, car on retrouve davantage de journalistes féminins à la télé qu’à la radio et dans les journaux. [5]

Les études annuelles de Martha Lauzen sur l’industrie du film révèlent que les femmes ne représentent que 18 % des talents créatifs derrière les succès hollywoodiens les plus lucratifs, soit 18 % des producteurs exécutifs, 25 % des réalisateurs, 5 % des administrateurs et 4 % des cinéastes. [6] Gertrude Robinson et Armande Saint-Jean rapportent que dans l’industrie de la presse, seulement 5 % des rédacteurs en chef sont des femmes. [7]

Avoir le pouvoir de décision change bien des choses

Les études prouvent que la présence de femmes dans une équipe, surtout des femmes en position d’autorité, peut influencer le contenu des médias. En 2000, des rédactrices en chef et des femmes journalistes ont pris sous leur responsabilité la salle de rédaction d’un journal de Wichita Falls, au Texas, pendant toute une journée. Pour la une du jour, il fallait choisir entre une nouvelle criminelle à propos d’un voyeur et un article local sur des femmes luttant pour l’égalité des droits. Lorsque les femmes ont opté pour la deuxième histoire, cela a causé un chaud débat. La journaliste Laurence Pantin relate que « les femmes ont finalement gagné, mais seulement parce qu’elles occupaient des postes clés cette journée-là. À tout autre moment, le voyeurisme et les histoires du genre l’auraient emporté. » [8]

Deux pas en avant, un pas en arrière

L’auteure Kathi Maio rappelle que la marche pour l’égalité des femmes dans les médias a traversé des hauts et des bas : « Notre histoire, écrit-elle, n’en est pas une de progrès constants. Par exemple, il y avait plus de femmes réalisatrices dans les années 1920 (quand l’industrie était jeune et plus ouverte) que dans les années 1950. Et les rôles positifs de femmes fortes étaient plus fréquents au début des années 1930 qu’au commencement des années 1970. » Il est donc primordial de rester vigilants car les progrès observés aujourd’hui pourraient être balayés par de nouveaux reculs.

Pendant que les femmes continuent de lutter pour l’égalité dans les médias, les recherches de Martha Lauzen montrent que la plus grande différence porte sur les femmes qui travaillent dans l’industrie. En coulisses, elles peuvent avoir un impact certain sur les façons dont les femmes sont représentées à l’écran et dans la presse. Mme Lauzen conclut que « lorsque les femmes occupent des rôles puissants dans la réalisation de films ou d’émissions télévisées, nous savons qu’il y aura à l’écran des personnages féminins puissants, soit des femmes authentiques et multidimensionnelles ». [9]

 


[1] Byerly, Carolyn M. Global Report on the Status of Women in the News Media. International Women’s Media Foundation, 2011.
[2] Robinson, Gertrude et Armande Saint-Jean. « How far have women come in journalism? » Media Magazine, printemps 1999.
[3] Lauzen, Martha. The Celluloid Ceiling: Behind-the-Scenes Employment of Women on the Top 250 Films of 2011.
[4] Byerly, Carolyn M. Global Report on the Status of Women in the News Media. International Women’s Media Foundation, 2011.
[5] Commission femmes dans les médias. Association des femmes journalistes, 2001.
[6] Lauzen, Martha. The Celluloid Ceiling: Behind-the-Scenes Employment of Women on the Top 250 Films of 2011.
[7] Robinson, Gertrude et Armande Saint-Jean. « How far have women come in journalism? » Media Magazine, printemps 1999.
[8] Pantin, Laurence. « When Women Run Newsrooms, Women Are in the News. » Women’s enews, 6 avril 2001.
[9] Yeomans, Jeannine. « Hey, Hollywood: What’s Wrong With This Picture? » Women’s enews, 18 septembre 2000.