Qui sont les intimidateurs et pourquoi le font-ils ?

Il est important de noter qu’il n’existe pas de profil unique du jeune qui intimide. Si certains jeunes correspondent à l’image traditionnelle de l’enfant agressif qui maîtrise mal ses impulsions, d’autres sont très sensibles aux nuances sociales et savent utiliser cette connaissance au détriment de leurs cibles [1].

Cibles et intimidateurs

Dans le cyberespace, il existe un lien étroit entre le cyberintimidateur et la victime. Une étude canadienne effectuée en 2009 révèle que la moitié des jeunes qui ont admis avoir commis des actes d’intimidation l’ont fait parce qu’ils avaient eux-mêmes été intimidés [2]. Il n’est pas inhabituel que dans un contexte d’intimidation, les deux parties estiment être des victimes.

Une des difficultés qui se pose dans la lutte contre la cyberintimidation est que ce terme a peu de sens pour les jeunes. Comme le remarque Danah Boyd du Berkman Center for Internet and Society, pour les jeunes, ce que les adultes qualifient de cyberintimidation, c’est « se disputer », « commencer quelque chose » ou « faire un drame ». Il s’agit souvent d’activités considérées comme des formes de cyberintimidation, telles que faire circuler des rumeurs ou exclure des camarades de son cercle social. Les garçons qualifient souvent ce qu’ils font en ligne – se faire passer pour une autre personne ou afficher des vidéos embarrassantes – de blagues et non d’intimidation.

Dans les deux cas, il y a plusieurs raisons pour lesquelles les jeunes préfèrent ne pas qualifier ce qu’ils font (ou ce que d’autres leur font) d’intimidation. D’une part, ils considèrent l’intimidation comme un comportement puéril, associé à l’école élémentaire ou intermédiaire, tandis que « faire un drame », « jouer un tour » ou « faire une blague » est plus adulte. Mais surtout, il est utile d’éviter le terme « intimidation » tant pour l’intimidatrice que pour la cible, parce que cela masque l’abus de pouvoir entre les deux parties : l’instigatrice n’a pas à se considérer comme une intimidatrice et la cible n’a pas à se voir comme une victime [3].

Témoins

Les témoins d’intimidation ont un rôle extrêmement important à jouer dans l’issue de la cyberintimidation, qui se passe souvent hors du regard des adultes ; en effet, ils représentent le consensus social et, à ce titre, ils sont extrêmement importants pour stopper, ou au contraire entériner, la cyberintimidation. La réaction des témoins – qu’ils interviennent, qu’ils participent à l’intimidation ou qu’ils s’abstiennent – peut faire une très grande différence quant à l’impact de l’incident. En fait, la présence de témoins rend l’intimidateur plus agressif [4]. C’est une des raisons pour lesquelles les incidents et les relations associés à l’intimidation sont plus graves en ligne : lorsque l’intimidation s’exerce dans un environnement tel que Facebook, tout le cercle social de la personne visée peut en être témoin. Une étude menée par l’Université de Toronto en 2008 révèle que 28 pour cent des jeunes interrogés disent avoir été témoins de cyberintimidation. Parmi eux, la moitié réagit en s’insurgeant contre la cyberintimidation, alors que l’autre moitié se contente de l’entériner.

Violence dans les relations en ligne

Compte tenu du lien étroit entre l’intimidation en ligne et hors ligne, il n’est pas étonnant qu’une grande partie du harcèlement en ligne se produise dans le contexte des relations. Les garçons et les filles déclarent commettre des actes d’intimidation et être victimes de la violence dans les relations en ligne dans à peu près les mêmes proportions, et il y a un lien très étroit entre être victime de la violence en ligne et être victime de la violence dans les fréquentations hors ligne. Comme d’autres formes de cyberintimidation, la violence dans les relations en ligne tire parti du fait que les jeunes sont constamment branchés au monde numérique, par l’ordinateur ou le téléphone cellulaire. Cela est particulièrement vrai dans le cas de cyberharcèlement – la surveillance incessante d’un partenaire passé, actuel ou potentiel. Parce que le monde en ligne fait inextricablement partie de la vie sociale des jeunes, il arrive souvent que les victimes ne peuvent bloquer l’accès aux harceleurs sans s’isoler complètement.

 


[1] Pepler, Debra. Discours prononcé devant le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, 12 décembre 2011.
[2] Microsoft Canada Co. et Youthography, Internet Safety Survey, 2009. http://citizenship.microsoft.ca/articles/archive/2009/02/24/internet-safety-microsoft-canada-and-youthography-online-safety-survey.aspx
[3] Dr. Alice Marwick, Dr. danah boyd. The Drama! Teen Conflict, Gossip, and Bullying in Networked Publics.
[4] Craig, Wendy. Discours prononcé devant le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, 12 décembre 2011.

Ressources pour les jeunes

Sur le droit chemin

Sur le droit chemin : Enseigner aux enfants un comportement éthique et sécuritaire en ligne est un ensemble de ressources qui vise à promouvoir et à encourager chez les jeunes des comportements éthiques en ligne. Les ressources comprennent une unité de quatre leçons portant sur les compétences en recherche et en pensée critique; un tutoriel autodirigé qui examine les dilemmes moraux auxquels font face les jeunes lors de leurs activités en ligne ainsi que des stratégies pour les aider à gérer ces dilemmes; et trois fiches-conseils pour les parents afin qu’ils puissent enseigner aux jeunes comment se comporter de façon sécuritaire et éthique en ligne.

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