Éthique et renseignements personnels

L’une des plus grandes décisions éthiques que les jeunes doivent prendre concerne la façon de traiter les renseignements personnels des autres. Les services et les plateformes qu’utilisent les jeunes étant presque tous réseautés, chaque fois qu’un ami ou un contact affiche quelque chose, ils doivent décider s’ils veulent le partager et de quelle façon. Aussi, les jeunes pourraient partager par inadvertance les renseignements personnels d’autres personnes lorsqu’ils affichent leur propre contenu.

Il existe quatre principales façons de partager le contenu personnel d’autres personnes en ligne. Nous pouvons afficher une photo ou une vidéo dans laquelle figurent d’autres personnes, avec ou sans leur connaissance ou consentement. Nous pouvons partager du contenu que quelqu’un d’autre a affiché, comme transférer une photo qui nous a été envoyée ou publier un lien vers la vidéo de quelqu’un ou même « aimer » le message Facebook de quelqu’un (ce qui le rend visible à vos amis Facebook ainsi qu’à ses amis). Dans ces deux cas, on peut également « identifier » des photos ou des messages avec le nom d’une personne, ce qui les rend visibles aux amis de cette personne et la fera apparaître dans le moteur de recherche. Le fait de nommer d’autres personnes dans des pointages géolocalisés (à l’aide d’applications comme Foursquare ou des outils de géolocalisation maintenant fréquents sur de nombreux blogues et réseaux sociaux) communique également des renseignements personnels les concernant, dans ce cas où ils se trouvent à un moment précis.

Il ne fait aucun doute que les jeunes savent combien il est facile pour leurs renseignements personnels d’être partagés à des publics indésirables, et bon nombre d’entre eux passent beaucoup de temps à gérer qui voit quoi à leur propos en ligne. Environ la moitié des élèves ont supprimé quelque chose qu’ils avaient affiché les concernant ou demandé à quelqu’un de supprimer quelque chose qu’elle avait affiché à leur sujet [1].

Le partage en ligne ne concerne pas seulement les jeunes : une étude réalisée en 2012 démontre que presque autant d’utilisateurs adultes ont partagé des photos ou des vidéos qu’ils avaient trouvées en ligne ou qu’ils avaient prises [2]. La différence est que, la plupart du temps, pour les jeunes, le partage n’est pas un choix, mais un automatisme : plutôt que de demander pourquoi les jeunes partagent le contenu personnel d’autres personnes, il serait plus utile de leur demander pourquoi ils ne le font pas [3]. Par exemple, l’une des stratégies les plus populaires que les jeunes utilisent pour gérer la façon dont les autres partagent leurs renseignements personnels est le désétiquetage, soit retirer leur nom des photos d’autres personnes, ce qui n’est possible qu’après que quelqu’un d’autre ait affiché des photos [4].

L’une des principales raisons pour lesquelles les jeunes partagent du contenu en ligne est un désir d’attirer l’attention des amis et des pairs : les jeunes qui disent que d’être populaire est important pour eux sont plus susceptibles de partager des renseignements les concernant [5].

Les attentes sociales peuvent également influencer les décisions de partage. Les jeunes ne sont pas nombreux à se désengager des « discussions, des plaisanteries et des commérages sexuels » qui se passent en ligne, et cette pression amène les filles à envoyer des sextos (photos nues, semi-nues ou séduisantes). Bien que cette pression puisse pousser les jeunes à sexter, elle peut également les pousser à partager avec leurs pairs les sextos qu’ils reçoivent afin d’obtenir une approbation sociale, ou d’éviter les risques sociaux qui sont associés à un refus [6]. (Les recherches de HabiloMédias démontrent que les garçons et les filles sont tout aussi susceptibles d’envoyer des sextos, bien que les garçons soient plus susceptibles de les transférer, de recevoir des sextos transférés et de voir leurs propres sextos transférés par d’autres [7].)

De même, alors que les jeunes (et les adultes) peuvent décider de partager du contenu personnel pour obtenir l’attention d’une seule personne, ils peuvent partager le contenu d’une autre personne pour la même raison. Même si le contenu est partagé avec un public plus large, la motivation peut être principalement d’obtenir la réaction d’une personne, comme lorsque des photos, des vidéos ou d’autres types de contenu sont partagés après une rupture.

Les jeunes peuvent décider de partager du contenu personnel avec quelqu’un à titre de marque de confiance. Bien que les gens partagent rarement le contenu personnel d’autres personnes pour cette raison, le phénomène est important puisque l’un des types les plus communs de renseignements personnels partagés pour cette raison (les mots de passe [8]) rend possibles l’accès et le partage de presque toute autre chose. (Un quart des élèves de l’étude Jeunes Canadiens dans un monde branché réalisée en 2014 a dit avoir partagé des mots de passe avec des meilleurs amis, alors que 16 p. 100 des élèves de la 7e à 11e année partageraient des mots de passe avec leurs petits amis ou petites amies [9].

Ayant un accès aussi facile aux renseignements personnels de leurs pairs, les jeunes doivent constamment prendre des décisions éthiques sur ce qu’ils peuvent partager ou non. Malheureusement, les jeunes ignorent souvent les dimensions éthiques de ce choix, s’attendant à ce que les autres leur disent qu’ils ne veulent pas qu’un contenu soit partagé. Parallèlement, les jeunes désapprouvent activement ce qu’ils appellent le partage à outrance, soit partager du contenu avec des gens qui ne font pas partie du public cible.

Le partage à outrance est probablement la forme la plus commune : le contenu est alors partagé par inadvertance ou la personne qui le partage n’a pas pensé aux conséquences possibles. La meilleure façon d’atténuer cette forme de partage à outrance est d’enseigner aux enfants des règles et des procédures simples à respecter avant de partager ou de diffuser quoi que ce soit afin de leur rappeler de réfléchir aux conséquences pour les autres.

Le partage intentionnel de contenu personnel est plus important. Un tel partage peut se produire pour de nombreuses raisons (créer des situations dramatiques ou blaguer aux dépens d’un ami), mais le fil conducteur est un mépris pour les sentiments de la personne visée et les conséquences du partage.

Ce manque de considération et de respect peut souvent mener à de l’intimidation et à des abus. De nombreux incidents de cyberintimidation se produisent lorsque des amitiés ou des relations amoureuses se désintègrent, ce qui peut souvent amener une ou les deux parties à utiliser du contenu personnel pour se venger [10]. Une fois que du contenu privé est rendu public, même un public limité, il peut se répandre dans le monde entier : toute une industrie de sites Web « parasites » profite de ce partage en « recherchant » et en rediffusant des images nues ou suggestives affichées sur les forums publics [11]. Aussi, certains partenaires de relations abusives peuvent utiliser la menace de partage de contenu personnel pour contraindre ou faire chanter leurs partenaires [12].

Le partage à outrance peut également découler de la confusion quant aux limites. Les parents veulent souvent faire partie des vies virtuelles de leurs enfants, alors que les jeunes, surtout les adolescents, préfèrent maintenir une limite entre eux et leurs parents. Par conséquent, les adolescents sont plus susceptibles de considérer qu’il y a « partage à outrance » lorsque les parents voient le contenu qu’ils ont affiché [13].

 


[1] Steeves, V. (2014). Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : La vie en ligne. Ottawa : HabiloMédias, p. 15. http://habilomedias.ca/jcmb/vie-en-ligne.
[2] Photos and Videos as Social Currency Online, Pew. 13 septembre 2012. http://www.pewinternet.org/2012/09/13/photos-and-videos-as-social-currency-online/.
[3] Alice Marwick et Dana Boyd. Social Privacy in Networked Publics: Teens› Attitudes, Practices, and Strategies. « A Decade in Internet Time: Symposium on the Dynamics of the Internet and Society ». 22 septembre 2011. http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1925128.
[4] Privacy management on social media sites, Pew. 24 février 2012. http://www.pewinternet.org/2012/02/24/privacy-management-on-social-media-sites/.
[5] Emily Christofides, Amy Muise, Serge Desmarais. La protection de la vie privée sur Facebook : la communication des renseignements des jeunes et des adultes et la perception des risques d’atteinte à la vie privée. Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, 26 mars 2010. https://www.priv.gc.ca/resource/cp/2009-2010/p_200910_06_f.asp.
[6] Jessica Ringrose, Rosalind Gill, Sonia Livingstone, Laura Harvey. A qualitative study of children, young people and ‹sexting›. Mai 2013. http://www.nspcc.org.uk/Inform/resourcesforprofessionals/sexualabuse/sexting-research_wda89260.html.
[7] Steeves, V. (2014). Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : La sexualité et les relations amoureuses à l’ère du numérique. Ottawa : HabiloMédias, p. 5. http://habilomedias.ca/sites/default/files/pdfs/publication-report/full/JCMBIII_La_sexualite_relations_amoureuses_ere_numerique_Rapport.pdf.
[8] Matt Richtel. Young, in Love and Sharing Everything, Including a Password. The New York Times, 18 janvier 2012. http://www.nytimes.com/2012/01/18/us/teenagers-sharing-passwords-as-show-of-affection.html?pagewanted=all.
[9] Steeves, V. (2014). Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : La vie en ligne. Ottawa : HabiloMédias, p. 28. http://habilomedias.ca/jcmb/vie-en-ligne.
[10] It Hurt Big Time: Understanding the Impact of Rural Adolescents› Experiences with Cyberbullying
[11] Porn sites steal young people’s suggestive pictures. 22 octobre 2012, CBC News. http://www.cbc.ca/news/technology/porn-sites-steal-young-people-s-suggestive-pictures-1.1278922.
[12] « Cyberbullying can start with a miscue, study says ». eSchool News, 20 juin 2011. http://www.eschoolnews.com/2011/06/08/cyber-bullying-can-start-with-a-miscue-study-says/.
[13] Alice Marwick et Dana Boyd. Social Privacy in Networked Publics: Teens› Attitudes, Practices, and Strategies. « A Decade in Internet Time: Symposium on the Dynamics of the Internet and Society ». 22 septembre 2011. http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1925128. 

Ressources pour les jeunes

Sur le droit chemin

Sur le droit chemin : Enseigner aux enfants un comportement éthique et sécuritaire en ligne est un ensemble de ressources qui vise à promouvoir et à encourager chez les jeunes des comportements éthiques en ligne. Les ressources comprennent une unité de quatre leçons portant sur les compétences en recherche et en pensée critique; un tutoriel autodirigé qui examine les dilemmes moraux auxquels font face les jeunes lors de leurs activités en ligne ainsi que des stratégies pour les aider à gérer ces dilemmes; et trois fiches-conseils pour les parents afin qu’ils puissent enseigner aux jeunes comment se comporter de façon sécuritaire et éthique en ligne.

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