Image corporelle – Introduction

La croyance populaire voulant que « minceur soit synonyme de beauté » est profondément ancrée dans notre société.

La recherche démontre que cette croyance est déjà présente chez des enfants d’à peine trois ans [1]. Toutefois, c’est à l’adolescence qu’on risque surtout de développer une attitude malsaine vis-à-vis notre propre corps en raison, justement, de cette croyance. À cet âge, les jeunes sont à construire leur identité [2] et sont particulièrement vulnérables à la pression sociale et à l’image médiatique [3] ; ces facteurs  peuvent grandement influencer l’image qu’ils se font d’eux-mêmes et de leur corps. [4]

Une piètre image de soi peut avoir des effets nocifs : le plus répandu est sans doute le  manque d’estime de soi qui, à son tour, génère d’autres risques. Dans une étude américaine parue en 2008, on rapporte que 25 p. cent des filles dépourvues d’estime de soi se sont intentionnellement mutilées (comparativement à 4 p. cent de filles pourvu d’un bon estime de soi) ; de plus, 25 p. cent d’entre elles souffraient d’un trouble alimentaire (comparativement à 7 p. cent chez les filles pourvu d’un bon estime de soi). [5]

Par ailleurs, on établit un lien entre piètre image de soi et intimidation [6] en particulier chez les jeunes ; ceux qui ont peu d’estime personnelle risquent davantage d’adopter le comportement de l’agresseur ou de la victime d’intimidation [7]. (Veuillez consulter nos ressources sur les stéréotypes sexuels (lien/link) et l’intimidation (lien/link) pour savoir comment agir en pareilles circonstances).

Si l’image corporelle fut longtemps considérée comme un sujet propre au genre féminin, on a vu se multiplier les recherches portant sur l’image corporelle chez les garçons depuis une dizaine d’années : en 2012, une étude démontre que, dans les classes de 10e année / Secondaire IV, 50 p. cent des garçons et des filles ont le sentiment d’être soit trop minces, soit en surpoids [8]. Une recherche canadienne parue en 2011 en vient à la conclusion qu’à l’adolescence, l’image corporelle inquiète tout autant les garçons que les filles mais ces derniers sont moins disposés à en parler [9]. Les professionnels de la santé notent également qu’à l’instar des filles, les garçons ne sont pas immunisés contre l’image médiatique prônant des critères de beauté fort restrictifs..

Par le passé, l’appartenance à un groupe ethnique était vu comme un élément protecteur puisqu’on retrouvait moins d’insatisfaction, face à son propre corps, chez les filles et les femmes afro-américaines. Mais culture et ethnicité n’ont plus cet effet positif. De récentes études montrent que même chez les groupes culturels ayant traditionnellement une perception favorable de personnes de forte taille, au Mexique et dans les Samoa notamment, on adopte graduellement les mêmes critères de beauté-minceur [10] ; qui plus est, on demande également aux mannequins et animateurs Noirs de se conformer de plus en plus aux normes des Blancs en matière de beauté et de minceur.

Dans un monde où nous sommes bombardés d’images médiatiques qui nous imposent des critères de beauté irréalistes – et provoquent notre déception lorsqu’on ne parvient pas à les atteindre – nous nous devons d’enseigner aux garçons et aux filles la littératie numérique afin de les doter des compétences voulues pour qu’ils soient en mesure de poser un regard critique sur  les images masculines et féminines véhiculées dans les médias. Dans le prochain segment, nous verrons comment différents médias influencent le regard que nous portons sur nous-mêmes ; enfin, nous examinerons le rôle que ces médias peut jouer en modifiant les représentations médiatiques qu’ils véhiculent et, du coup, notre regard et nos perceptions.  

 


[1] Harriger, J.A., R.M. Calogero, D.C. Witherington et al. 2010. Body size stereotyping and the internalization of the thin ideal in preschool girls. Sex Roles: A Journal of Research 63: 1-5.
[2] Slater, A., & Tiggemann, M. (2002). A test of objectification theory in adolescent girls. Sex Roles, 46(9/10), 343–349.
[3] Tiggeman, M., & Pickering, A. S. (1996). Role of television in adolescent women’s body dissatisfaction and drive for thinness. International Journal of Eating Disorders, 20(2), 199–203.
[4] Clark, L., & Tiggemann, M. (2007). Sociocultural influences and body image in 9 to 12 year-old girls: The role of appearance schemas. Journal of Clinic Child and Adolescent Psychology, 36(1), 76-86.
[5] Dove Self-Esteem Fund. “Real Girls, Real Pressure: A National Report on the State of Self-Esteem.” Commissioned : juin 2008. http://content.dove.us/makeadiff/pdf/Self-Esteem_Report.pdf.
[6] Brixval, Carina et al. Overweight, body image and bullying – an epidemiological study of 11- to 15-year-olds. European Journal of Public Health, 7 mars 2011.
[7] Shelton, Sarah and Laura Liljequist. Characteristics and behaviors associated with body image in male domestic violence offenders. Eating Behaviors Volume 3, Issue 3, automne 2002, 217-227.
[8] Freeman et al. (2012). The Health of Canada’s Young People: A Mental Health Focus. Public Health Agency of Canada.
[9] Norman, M. (2011) Embodying the Double-Bind of Masculinity: Young Men and Discourses of Normalcy, Health, Heterosexuality, and Individualism. Men and Masculinities, 14, 4: 430-449.
[10] Alexandra Brewis, Amber Wutich, Ashlan Falletta-Cowden, and Isa Rodriguez-Soto, «Body Norms and Fat Stigma in Global Perspective.» Current Anthropology 52:2 (April 2011).