Obstacles et défis auxquels sont confrontés les médias produits par les minorités visibles

Bien que les avantages des médias des minorités visibles soient considérables, le processus créatif peut être parsemé d’embûches.

Claire Cossée décrit certaines de ces difficultés [1]:

  • Les groupes minoritaires doivent surmonter un historique de déni et de représentations trompeuses qui les oblige souvent à être confrontés à des facteurs historiques et politiques litigieux contribuant à l’exclusion d’un groupe.
  • Les perceptions souvent négatives du public envers les groupes minoritaires.
  • En état d’oppression sociale, la dignité et la liberté peuvent parfois être difficiles à recouvrer.
  • Même si un groupe minoritaire parvient à obtenir une plus grande présence médiatique ou une meilleure opinion publique, ceci ne se traduit pas nécessairement par une amélioration des droits ou des conditions de vie.
  • Plusieurs groupes minoritaires n’ont pas les ressources financières ou sociales pour créer une présence médiatique.

Au Canada, les médias des minorités visibles sont également confrontés à la critique. Presque toutes les chaînes de télévision servant les groupes minoritaires présentent une grande proportion de contenu importé, tandis que la plupart des contenus originaux sont de piètre qualité. Fairchild par exemple, le plus grand diffuseur de nouvelles de langue chinoise au Canada, dépend presque entièrement des contenus achetés d’autres sources et offre peu ou aucune analyse de nouvelles. Dans certains cas, l’objectivité devient un élément de préoccupation dans les nouvelles diffusées : la commentatrice Gloria Fung estime que le gouvernement chinois tire profit de l’instabilité financière de certains médias sino-canadiens afin d’influencer la couverture d’événements tels que les protestations au Tibet et les Jeux olympiques de 2008 à Beijing. [2]

De plus, il existe certaines craintes quant au fait que les médias des groups minoritaires pourraient, en réalité, ne pas favoriser le développement multiculturel de la nation canadienne. Les membres de groupes minoritaires tendent à préférer les médias reflétant leurs expériences culturelles aux médias grand public : selon une étude réalisée en 2009, les sinophones de Vancouver, incluant ceux parlant couramment l’anglais, préféraient lire les journaux de langue chinoise plutôt que les journaux de langue anglaise dans une proportion minimale de 2 contre 1. [3] Cette étude fait ressortir plusieurs éléments préoccupants : non seulement les médias de langue anglaise ne servent-ils pas adéquatement les publics minoritaires, mais ces publics, en ne consommant pas de médias grand public, s’isolent de la culture canadienne. De plus, cette forte concentration des médias pour et par les minorités pourrait être interprétée par les médias grand public comme une exonération de leur responsabilité en ce qui a trait à la représentation plus fréquente ou exacte de ces communautés.

Les médias des minorités visibles au Canada se doivent de mieux refléter la communauté culturelle croissante du pays, même si ce processus est souvent endigué par des ressources extrêmement limitées. Afin que les médias minoritaires puissent participer à l’accroissement de la tolérance et de l’acceptation dans les différents milieux culturels canadiens, une attention doit être accordée à la fois au contexte social et politique des groupes minoritaires et au contexte social et politique de la majorité.

Le Conseil national de la presse et des médias ethniques du Canada s’est penché sur l’avenir de la représentation des minorités visibles dans les médias et des médias dits « ethniques » au Canada. Deux principaux objectifs ressortent de cette étude, lesquels devraient être pris en compte par les futures politiques canadiennes en matière de diffusion :

  1. Accroître la capacité des membres des médias ethniques à s’exprimer en leur offrant de l’aide technique, des formations, de l’aide financière et d’autres formes d’assistance connexes.
  2. Intégrer les médias ethniques dans les médias grand public, permettant ainsi aux premiers de devenir partie prenante dans l’élaboration des politiques publiques canadiennes.

 


[1] Cossée, C. (2010). Médias tsiganes en France et en Hongrie: re-présentation de soi dans l’espace public : Les médias des minorités ethniques: Représenter l’identité collective sur la scène publique. Revue européenne des migrations internationales, 26(1), 57-80.
[2] Yip, Joyce . «State of Disarray .» Ryerson Review of Journalism Summer (2010). Print.
[3] Fairchild Television. Canadian Chinese Media Monitor - Greater Toronto Area. Toronto: Ipsos Reid - Fairchild Television, 2007. Print.

Trousse éducative – diversité et médias

La Trousse éducative – diversité et médias est une ensemble de ressources conçues pour les enseignants, les élèves, les corps policiers et le grand public ; on y aborde des sujets brûlant d’actualité comme la haine, les préjugés et les stéréotypes véhiculés dans nos médias et sur Internet. Ce programme comprend des tutoriels de perfectionnement professionnel, des leçons, des activités pédagogiques pour l’élève et des documents d’accompagnement.

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