Les minorités visibles dans les salles de presse

L’objectivité et l’exactitude comptent parmi les plus importantes valeurs journalistiques. Toutefois, nous pouvons observer de la part des médias d’information canadiens une sous-représentation et un stéréotypage constant des minorités visibles. En 2006, moins de 6 % des employés de la CBC étaient issus de minorités visibles. [1] Une étude effectuée en 2000 par l’Université Laval suggère que plus de 97 % des journalistes canadiens sont blancs. [2]

Pourquoi les minorités visibles sont-elles si sous-représentées dans les salles de presse ?

De la même façon que les nouvelles canadiennes ne reflètent pas la réalité multiculturelle du Canada, la diversité raciale « dans les coulisses » des médias d’information est tout aussi disproportionnée. En 2006, moins de 6 % des employés de la CBC étaient issus de minorités visibles. [1] Une étude effectuée en 2000 par l’Université Laval suggère que plus de 97 % des journalistes canadiens sont blancs. [2]

Pourquoi les minorités visibles sont-elles si sous-représentées dans les salles de presse ?

  • Certaines agences de presse ont soutenu que les personnes issues des minorités visibles ont tendance à ne pas choisir un métier relié au journalisme. [3]
  • Des problèmes de réseautage sont souvent présents chez les populations minoritaires.
  • Les recommandations de candidats à l’embauche émanent habituellement des producteurs, rédacteurs et directeurs travaillant dans l’industrie, lesquels sont généralement blancs.
  • Les médias canadiens reconnaissent peu les titres de compétences et les qualifications obtenus à l’étranger.
  • Il existe une carence d’emplois et de formations pour les personnes de couleur, engendrée en grande partie par la partialité dans l’embauche. Aucune agence de presse canadienne n’indique détenir un programme visant à former les personnes issues de minorités visibles pour des rôles de direction. [4]
  • Les membres des minorités visibles hésitent à postuler pour un emploi en salle de presse par peur du harcèlement dont ils pourraient faire l’objet de la part de leurs collègues ou de groupes comme les policiers. [5] Plusieurs hésitent également à postuler pour ce genre d’emploi par peur que leur statut de minorité visible ne détermine qui ils sont et pourquoi ils sont journalistes. [6]

Lorsque les personnes issues de minorités visibles sont engagées dans les salles de presse, elles font souvent face à des défis auxquels les journalistes blancs ne sont pas nécessairement confrontés. Cecil Foster, un journaliste afro-canadien ayant travaillé au Globe and Mail, au Toronto Star et à la CBC, décrit les difficultés inhérentes au fait d’être issu d’une minorité visible dans un domaine où prédominent les Blancs : « Je travaille dans les médias grand public canadiens depuis environ 12 ans et je suis encore un étranger. Je peux compter sur deux doigts, même moins, de ma main le nombre de personnes rencontrées dans les médias et qui sont mes amis… On a l’impression d’être invisible, que notre présence est tolérée, mais non attendue ». [7] M. Foster souligne qu’il n’est pas la seule minorité visible à avoir reçu ce traitement : « Les journalistes issus des minorités visibles sont si peu nombreux dans les médias grand public qu’ils sont presque imperceptibles. Bien qu’ils fassent du bon travail, il leur est presque impossible de faire tomber les barrières qui permettraient ainsi à d’autres de nous suivre ». [8]

Bien que les minorités visibles soient énormément sous-représentées dans les médias d’information, les médias canadiens se sont engagés dans un effort concerté depuis 1990 afin d’augmenter le nombre de journalistes représentant les minorités visibles. Au Québec, les médias d’information ont donné l’exemple en instaurant des initiatives en matière de diversité à la fois à l’écran et dans la salle de presse. En 2004, Télé-Québec s’est associé à la Semaine québécoise des relations interculturelles et au Concours jeunes scénaristes pour tenter de s’assurer que « tous les Québécois puissent se reconnaître » dans les médias. Le Groupe TVA a également institué un guide de contenu des émissions requérant que les productions télévisuelles représentent raisonnablement les minorités visibles et reflètent de façon juste la réalité multiethnique du Canada. [9]

 


[1] Conseil des Relations Interculturelles. (2009). A Fair Representation and Treatment of Ethno-Cultural Diversity in Media and Advertising: Quebec.
[2] Pritchard, David and Florian Sauvageau (2000). Racist Discourse in Canada’s English Print Media. Laval: The Canadian Race Relations Foundation.
[3] Conseil des Relations Interculturelles, 2009.
[4] Diversity Watch. (2004). Diversity Watch - Ryerson University School of Journalism. Accédée le : 4 mars 2011.
http://www.diversitywatch.ryerson.ca/home_miller_2004report.htm#Why
[5] Chronicle World. Teen-age Black Journalists Target UK Racism . (2011). Chronicleworld.org - Changing Black Britain. Accédée le : 4 mars 2011. http://www.chronicleworld.org/archive/voices.htm
[6] Evans, D. (2005, June 26). Journalism - Homing Instinct. Diana Evans Official Website. Accédée le : 4 mars 2011. http://www.dianaommoevans.com/dianaevans_journalism_homingi
[7] Joynt, L. (1995). Too White. Ryerson Review of Journalism (Printemps).
[8] Ibid.
[9] Conseil des Relations Interculturelles, 2009.

Trousse éducative – diversité et médias

La Trousse éducative – diversité et médias est une ensemble de ressources conçues pour les enseignants, les élèves, les corps policiers et le grand public ; on y aborde des sujets brûlant d’actualité comme la haine, les préjugés et les stéréotypes véhiculés dans nos médias et sur Internet. Ce programme comprend des tutoriels de perfectionnement professionnel, des leçons, des activités pédagogiques pour l’élève et des documents d’accompagnement.

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