Les minorités visibles dans les médias d’information

L’objectivité et l’exactitude comptent parmi les plus importantes valeurs journalistiques. Toutefois, nous pouvons observer de la part des médias d’information canadiens une sous-représentation et un stéréotypage constant des minorités visibles.

Une étude menée en 1994 a démontré que 14 % des articles présentés dans six grands journaux du Canada traitaient des minorités [1], tandis que dans les villes où ils étaient publiés, soit Vancouver, Calgary, Winnipeg, Toronto et Montréal, le pourcentage moyen de la population issue des minorités visibles comptait pour 20 % (dont 47 % de la population de Toronto s’identifiant à une minorité visible).

Différentes études ont démontré que les images déformées des minorités visibles et ethniques sont prédominantes dans les médias d’information. Les nouvelles sont conçues autour d’un historique culturel qui reflète un processus structuré de narration où certains groupes sont souvent présentés comme des « méchants » et d’autres comme des « héros ». [2] Par exemple, les Blancs sont souvent présentés dans les médias d’information canadiens comme des personnes héroïques ou vertueuses lorsque comparés aux « méchants » issus des minorités visibles, en particulier dans les actualités criminelles. L’utilisation de ce processus narratif par les médias renforce les préjugés quant aux personnes en qui on peut ou non avoir confiance, déterminant qui est un « agitateur » et de qui on devrait avoir peur.

Minelle Mahtani prévient que les représentations de la diversité culturelle doivent être examinées selon le contexte de qui décide de ce qui constitue ou non une nouvelle. [3] Au Canada, les actualités sont souvent enchâssées dans un contexte qui privilégie la majorité blanche, représentant ainsi les membres de cette majorité de façon positive. De plus, l’industrie de la presse favorise de manière considérablement marquée les sources affiliées au gouvernement, ce qui résulte couramment en une opinion unilatérale, soit celle des membres de la majorité. [4] Cette structure comporte des inégalités de genre et de race, plaçant traditionnellement les hommes blancs dans une position faisant figure d’autorité ou d’ « expert ». [5]

Lorsque les minorités visibles sont représentées dans les médias d’information, elles le sont souvent de façon déviante, personnifiant des problèmes sociaux ou une menace à l’idéal du mode de vie « canadien ». [6] Ces représentations dans les nouvelles favorisent les stéréotypes culturels ; par exemple, lorsque les musulmans ou les Arabes sont représentés comme des terroristes ou des tortionnaires maltraitant les femmes, les forçant au mariage, à l’excision et autres « crimes d’honneur ». Ceci démontre la position de Mme Mahtani selon laquelle les « paniques vertueuses », soit les tollés publics sur certaines questions ou populations dont la plupart sont générés par les médias, se sont accentuées au Canada et sont tributaires des représentations négatives des minorités asiatiques et du Moyen-Orient. [7]

Les minorités visibles sont aussi souvent représentées comme des criminels. [8] Le sociologue Dennis Rome note que les médias d’information ont attribué un « visage noir » au crime, et ce, malgré les statistiques suggérant que les taux de criminalité soient en fait plus bas chez les populations minoritaires et que les populations noires soient plus sujettes à être les victimes de crimes. [9] Ces portraits criminalisants des minorités, plus particulièrement des Afro-Canadiens ou Afro-Américains, sont ensuite utilisés comme une justification au racisme. Les crimes par des Noirs sur des Noirs font rarement les manchettes tandis que le portrait des victimes est disproportionnellement représenté par des Blancs victimes de crimes perpétrés par des Noirs. [10]

Les groupes minoritaires font face à un pouvoir social et économique également carencé, même lorsqu’ils ne sont pas nécessairement en minorité numérique. Ces inégalités sociales peuvent aussi être perçues dans l’actualité. Une étude menée en 2007 sur les manchettes de journaux californiens, où la population hispanique est plus nombreuse que la population blanche, a démontré que, malgré ce fait, les nouvelles concernant ce groupe étaient construites de façon à gratifier le fait d’être blanc. Les nouvelles portant sur la communauté blanche étaient plus élaborées et portaient sur la politique et l’identité, tandis que les nouvelles visant la minorité étaient plus laconiques et portaient généralement sur des problèmes sociaux litigieux et représentaient les populations minoritaires comme différant de la majorité sociale blanche même si elles n’étaient pas en minorité numérique. [11]

 


[1] Mahtani, M. (2001). Representing minorities: Canadian media and minority identities. Canadian Ethnic Studies/Etudes Ethniques au Canada, 33(3), 99-133.
[2] Baht, V., Mihelj, S., & Pankov, M. (2009). Television news, narrative conventions and national imagination. Discourse & Communication, 3(1), 57-78.
[3] Mahtani, 2001.
[4] Ungerleider, C. S. (1991). Media, minorities and misconceptions: the portrayal by and representation of minorities in Canadian news media. Canadian Ethnic Studies/Etudes Ethniques au Canada, 23(3), 158-164.
[5] Mahtani, 2001.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9] Rome, D. (2004). Black demons: the media’s depiction of the African American male criminal stereotype. Westport, Conn.: Praeger.
[10] Ibid.
[11] Atudel, H. et al. (2007) Media representations of majority and minority groups. European Journal of Social Psychology, 37(3), 561-572.

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