Importance de l'éducation aux médias

L’éducation aux médias peut aider les jeunes à mettre en perspective l’image qui leur est donnée des communautés autochtones en leur faisant à comprendre le fonctionnement des médias, les raisons de l’existence des stéréotypes, les pouvoirs décisionnels et l’importance de savoir qui décide du contenu d’une émission ou d’un journal.

Le site Groupe autochtone de surveillance des médias décrit ses objectifs en ces termes :

« Dû à de nombreux dérapages au niveau médiatique (en particulier à V-Télé anciennement TQS) en rapport avec la question autochtone, nous avons décidé d’élaborer une façon de mieux s’informer sur ces dérapages et de bien concerter nos actions par la suite. Cela dans le but d’éduquer les médias et leur présenter le point de vue autochtone sur la question. Voici comment écrire vos observations sur la page lorsque vous entendez des propos et commentaires désobligeants ou faux envers les autochtones :

  1. Les propos tenus
  2. Qui les a dits
  3. L’heure et la date
  4. À quelle station de radio, de télévision, journal ou page web
  5. Le courriel de la station de radio, de télévision, du journal ou page web

De cette façon les membres du groupe pourrons alors intervenir directement chez les médias et pourront inclurent ces informations dans leurs courriels aux médias en question. »

Constatant les relations parfois difficiles entre journalistes et autochtones, l’Institut canadien a décidé d’organiser un sommet autochtone en octobre 2010 à Montréal dans le but de réfléchir aux actions qui pourraient être entreprises afin d’améliorer l’image des autochtones dans les médias. Plusieurs journalistes et leaders politiques autochtones et non-autochtones se sont succédés au cours de la première journée du colloque pour poser quelques questions essentielles :

  • Qu’est-ce que le journaliste recherche afin de bâtir son reportage ?
  • Comment se fait la collecte d’informations et le triage ?
  • Quelles sont les obligations légales et morales du journaliste ?
  • Comment arriver à une histoire véridique ?
  • Quel est le rôle de la communauté autochtone dans l’amélioration de ses relations avec les médias et que peut-elle faire afin de profiter d’une image positive auprès des gouvernements, de l’industrie et du public ?
  • Quel est le rôle de la communauté dans le dévoilement d’information aux médias ?
  • Comment se préparer à répondre aux questions des médias et à gérer l’information dévoilée ?
  • Être de bonne foi : dans quelle mesure ?
  • La langue : un obstacle à affronter ?
  • Crise dans la communauté autochtone : quelles sont les meilleures pratiques à adopter dans cette situation ?
  • Quelle structure de communication la communauté devrait-elle adopter à l’interne afin de faciliter les échanges avec les médias de manière quotidienne ?
  • Est-il important d’avoir une structure qui s’occupe des communications ?
  • Vaut-il mieux privilégier une équipe responsable des communications ou est-il préférable de n’avoir qu’un porte-parole ? Comment avoir une information complète et véridique ?
  • Comment faire connaître aux médias votre agent de communication afin qu’il soit la première source contactée ?
  • De nombreux préjugés circulent dans les médias et dans la population au sujet du peuple autochtone. Est-il possible de changer cette image ? Réalise-t-on vraiment l’impact qu’elle a sur la communauté ? Quels sont les moyens pour y arriver ?
      

Voici quelques éléments de réponses :

  • Présenter les deux côtés de la médaille.
  • Traiter à la fois avec les médias locaux et les médias nationaux.
  • Assurer une préparation adéquate des entrevues données par les chefs et les autres représentants de la communauté autochtone auprès des médias afin de prévenir les dérapages.
  • La préparation au moment de donner des entrevues, qu’elles soient pour un média écrit, oral ou télévisé, est incontournable.
  • Il est non seulement essentiel de prévoir adéquatement les éléments qui seront couverts, mais également de comprendre la marche à suivre du point de vue comportemental. Cette présentation vous offrira l’occasion de tirer des leçons concrètes quand vient le temps de donner une entrevue.
      

Dans un processus d’éducation aux médias, voici quelques exemples du genre d’interrogations qui peuvent entraîner une meilleure compréhension du portrait que le cinéma et la télévision dressent des autochtones.

Qui a créé ou choisi de diffuser telle image ou telle histoire ? Pourquoi est-ce important de le savoir ?

La première chose à enseigner dans l’éducation aux médias, c’est que l’objectivité n’existe pas : derrière tout produit médiatique il y a un objectif ou un point de vue. La « réalité » dépeinte dans les productions cinématographiques ou télévisées est le résultat d’une succession de choix, basés sur l’expérience, les connaissances et les préjugés de leurs créateurs. Jusqu’ici, il n’existe que très peu de films et d’émissions produits par les autochtones eux-mêmes. Et cela se voit.

Quelles voix peuvent se faire entendre ? Quelles autres sont ignorées ? Pourquoi ?

Les tendances politiques du propriétaire et de l’équipe de direction d’une chaîne de télévision ou d’un journal ont forcément un impact sur le choix des personnes interviewées ou des spécialistes cités dans le domaine des affaires publiques. Les autochtones ne sont généralement consultés que sur les questions qui les concernent directement, presque jamais dans les grands débats de société.

Pourquoi certains événements apparaissent-ils dans les nouvelles et d’autres non ?

Un événement comme la création d’un nouveau territoire (le Nunavut, par exemple) ou la signature d’une entente territoriale essentielle est parfois moins couvert par les médias qu’une barricade élevée momentanément par des autochtones. Du point de vue de la télévision, l’attrait visuel des barricades et leur potentiel de violence ont 10 fois plus d’impact que des hommes et des femmes en train de négocier autour d’une table. Même chose pour tous les reportages sensationnalistes qui traitent de meurtres, de prostitution ou de toxicomanie : ils font monter les cotes d’écoute et, du même coup, les revenus publicitaires. Par ailleurs, les bulletins de nouvelles doivent passer rapidement d’un événement à un autre. Les stéréotypes, par définition connus de tout le monde, sont des raccourcis qui permettent de gagner du temps. Comprendre le fonctionnement des émissions d’information n’en changera pas le contenu mais aidera les jeunes à réaliser que la nouvelle la plus médiatisée n’est pas forcément la plus importante. La comparaison entre la couverture des nouvelles par APTN (le Réseau de télévision des peuples autochtones) et celle mise en avant par les grandes chaînes de télévision est de ce point de vue édifiante et met en relief l’importance des décisions prises en coulisses.

Au cinéma et à la télévision, les autochtones apparaissent-ils comme des êtres humains normaux ou comme des caricatures unidimensionnelles ?

Pendant des générations, les producteurs de la télévision et du cinéma, particulièrement hollywoodien, se sont servis des autochtones pour raconter l’histoire des Blancs en Amérique. Par conséquent, ils leur ont rarement accordé une personnalité complexe ou un rôle autonome. Leurs « Indiens » n’agissent presque jamais individuellement en fonction de leurs propres jugements et valeurs. Malgré certains efforts pour briser la tradition, les vieux stéréotypes sont difficiles à éliminer.

Émissions télévisées et films respectent-ils les différences tribales, culturelles et religieuses ?

Toute personne qui connaît un peu les différentes cultures autochtones détectera régulièrement dans les films et émissions télévisées des erreurs flagrantes et souvent comiques : des tipis là où seules étaient connues les maisons longues, des chevaux dans les contrées où l’on se déplaçait normalement à pied et en canot, des coiffures de plumes sur la côte du Pacifique, etc. Les producteurs se soucient rarement des différences d’habillement, de langage, d’habitat ou de croyances qui existent parmi les nombreuses tribus des Premières Nations. Par ignorance, par simple paresse ou encore dans le but de créer un décor facilement reconnaissable et doté d’un plus grand impact visuel, ils préfèrent amalgamer des stéréotypes qui « parlent » au public.

Les autochtones s’expriment-ils d’une manière normale à la télévision et au cinéma ?

Les vieux westerns trouvaient pratique de faire s’exprimer les autochtones dans un anglais cassé qui ne pouvait traduire que de façon très primaire leurs pensées et leurs émotions en raison de leur connaissance imparfaite de la langue (et, souvent sous-entendu, la pauvreté de leur intellect). Une tendance à la simplification qui, jusqu’à un certain point, règne encore de nos jours. Les films historiques devraient au moins montrer des autochtones maîtrisant parfaitement leur propre langue. Il existe plus de 350 langues autochtones en Amérique du Nord, une réalité totalement occultée par l’industrie du cinéma.

Les autochtones américains n’auraient-ils existé que de 1830 à 1880 dans les grandes plaines de l’Ouest ?

À quelques exceptions près, Hollywood semble en être persuadé. En fait, les Premières Nations existaient déjà des milliers d’années avant l’arrivée des Européens, et leur population actuelle s’élève à plus d’un million au Canada et à presque deux millions aux États-Unis, aussi bien dans les réserves que dans les grands centres urbains et les régions rurales. Où et quand cette réalité apparaît-elle dans les grands médias ?

Trousse éducative – diversité et médias

La Trousse éducative – diversité et médias est une ensemble de ressources conçues pour les enseignants, les élèves, les corps policiers et le grand public ; on y aborde des sujets brûlant d’actualité comme la haine, les préjugés et les stéréotypes véhiculés dans nos médias et sur Internet. Ce programme comprend des tutoriels de perfectionnement professionnel, des leçons, des activités pédagogiques pour l’élève et des documents d’accompagnement.

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